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biographie de célébrité>   Georges BIZET
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Biographie de Georges BIZET :
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896ème
Georges BIZET
1838 - 1875
Découvrez la biographie de Georges BIZET
Score : 337
Georges Bizet
Georges Bizet
Bizet : Carmen
Bizet : Carmen
Bizet : Carmen
Bizet : Carmen
Georges Bizet : Carmen (Opéra de Lille)
Georges Bizet : Carmen (Opéra de Lille)
Georges Bizet: Carmen
Georges Bizet: Carmen
Artiste et Compositeur (Francais)
Né le 25 octobre 1838
Décédé le 03 juin 1875 (à l'âge de 36 ans)




Né Alexandre César Léopold, Bizet reçoit de son parrain le prénom Georges, qu’il conservera dans l’usage familial, et pour la postérité. Fils d’un professeur et compositeur de petit talent, il est aussi par sa mère neveu de François Delsarte, l’un des professeurs de chant les plus réputés de Paris. L’ambiance familiale de son enfance est donc propice à l’étude de la musique, art pour lequel le jeune Georges montre très tôt d’étonnantes dispositions. Dès l’âge de neuf ans, il est admis au Conservatoire comme auditeur dans la classe de piano de Marmontel, un remarquable technicien du clavier, et il remporte son premier prix d’instrument en 1852. L’année suivante, il poursuit un cursus classique en entrant dans la classe de composition de Fromental Halévy, complétant cet enseignement par des cours de contrepoint, pris auprès de Pierre Zimmermann et du jeune Charles Gounod, avec lequel il entretient rapidement des liens d’amitié.

Les premières compositions du jeune Bizet datent de cette époque. Un Nocturne pour piano, tout d’abord, puis une Grande Valse de concert, tous deux rédigés en 1854, et une symphonie en ut qui date de l’année suivante. En 1856, Bizet adresse sa première partition lyrique au jury d’un concours organisé par Jacques Offenbach pour pourvoir aux saisons des Bouffes-Parisiennes. Cette opérette le docteur Miracle, remporte le premier prix ex æquo avec celle qu’a écrite Charles Lecocq sur le même livret imposé. Les deux œuvres seront jouées alternativement, pour onze soirées chacune. A dix-huit ans, Bizet montre avec ce Docteur Miracle qu’il maîtrise tous les styles dont il fait des parodies: Rossini, Meyerbeer, Cherubini, Offenbach. Cet amusement le fait connaître dans sa profession, mais il continue à travailler la musique sérieuse pour préparer l’épreuve qui couronne la formation en composition: le prix de Rome.

En juillet 1857, Bizet est reçu premier par un jury composé de membres de l’Institut, avec une cantate intitulée Clovis et Clotilde. Ce prix lui vaut, comme aux architectes et aux peintres qui passent un concours équivalent, un séjour de trois ans dans l’enceinte de la villa Medicis à Rome, bâtiment qui appartient à l’Institut et qui offre un calme cadre de travail aux jeunes espoirs de l’art national. Parti de Paris le 21 décembre 1857, Bizet atteint Rome cinq semaines plus tard après un voyage ensoleillé qui lui fait découvrir un monde pour lui totalement inconnu : la vallée du Rhône, la Provence, les orangers d’hiver en Italie, et I Lombardi de Verdi à Florence.

Revenu à Paris au cours de l’été 1860, Bizet y reçoit une commande de l’Opéra-Comique: une opérette en un acte, la Guzla de l’émir, sur un livret sans grand intérêt des célèbres Barbier et Carré. Il détruit finalement cette partition, commence un autre opéra en quatre actes sur Ivan le Terrible et laisse celui-ci inachevé pour se lancer dans la composition des Pêcheurs de perles. Cet opéra en trois actes sur un livret de Michel Carré et Eugène Cormon, commandé par Léon Carvalho pour le Théâtre-Lyrique, est créé le 30 septembre 1863.

Ce n’est pas un échec, mais pas un ferme succès non plus malgré les appréciations louangeuses de Berlioz dans sa chronique musicale du Journal des débats. quelques pages resteront néanmoins au répertoire des récitals vocaux, comme la Romance de Nadir. Bizet se montre dans cette œuvre à la fois habile et impersonnel, totalement maître de son métier mais encore trop désireux d’y être reconnu par les gens en place et par un public bourgeois au goût médiocre pour oser conduire jusqu’à maturité les éclosions de langage personnel qui apparaissent dans son ouvrage.

Le jeune compositeur qui désire tant arriver, traverse quelques périodes de vaches maigres. Pour survivre, il travaille à façon chez des éditeurs comme Choudens ou Heugel, transcrivant notamment pour piano à quatre mains des orchestrations des opéras à la mode, ou pour piano à deux mains, des solos regroupés ensuite dans des recueils comme le Pianiste chanteur. Ses prodigieuses facultés de pianiste et de lecteur à vue lui permettent d’accomplir ces besognes assez rapidement. Elles lui font malheureusement voir d’un peu trop près ce que le public demande, et les médiocrités qui assurent le succès; il aura parfois du mal à ne pas s’y référer, pour faire mieux, certes mais dans un genre pas trop limité dans ses ambitions.

Le choix de la carrière de compositeur est une voie fermement voulue par Bizet. Pianiste aux dons incomparables, il aurait pu tenter sans difficultés une vie de virtuose. Liszt lui-même, le plus grand technicien du clavier de son siècle, avec Thalberg, avait été ébahi par sa mémoire musicale et par la rapidité avec laquelle il se sortait en quelques instants, en simple lecture à vue, des pages les plus difficiles. Un tel compliment de la part de Liszt aurait suffi à lancer une réputation. Berlioz pensait d’ailleurs qu’il s’orienterait dans cette voie, puisqu’il écrivit après la première des Pêcheurs de perles qu’il faudrait dorénavant « accepter Bizet comme compositeur malgré son rare talent de pianiste lecteur ».

Ce talent devait être encore souligné par Marmontel en 1866 lorsque parut chez l’éditeur Heugel une pièce de virtuosité pianistique intitulée la chasse fantastique. Il se pourrait que l’orientation décidée de Bizet vers la composition ait pour origine le penchant qu’il manifesta très tôt pour Geneviève Halévy, la deuxième fille de son professeur de composition, Fromental Halévy. N’y aurait-il pas eu comme une déchéance de sa part à ne pas briller, aux yeux de sa fiancée, dans la même carrière que celle du père de celle-ci, mort en 1862 ? Avant d’obtenir sa main, Bizet accepte un nouveau contrat de Carvalho pour un opéra en quatre actes, la Jolie Fille de Perth, d’après un roman de l’écrivain britannique Walter Scott, l’auteur de la Dame blanche (qui devait inspirer un opéra à Boieldieu) et de Lucia de Lammermoor (qui donnera lieu à un opéra également, de Gaetano Donizetti). Commencé au mois de juillet 1866, l’ouvrage est achevé à la fin du mois de décembre. Les difficultés financières du Théâtre-Lyrique retardent toutefois d’un an la création, qui n’intervient que le 26 décembre 1867.

Malgré le secours de quelques bienveillantes critiques, dont celle de Théophile Gautier, qui, dans le Moniteur universel, loue les mérites de la nouvelle école musicale, dont Bizet lui semble le meilleur élément, le succès est mitigé et n’ouvre que sur dix-huit représentations alors que Carvalho espérait renflouer son théâtre, et son auteur, avec cet opéra. Est-ce la lassitude devant l’insistance de Bizet, ou le prestige (relatif) des deux pièces pour piano ? Mme Halévy, internée dans une maison de santé à Ivry, accepte finalement Bizet pour gendre. Le 3 juin 1869, le compositeur épouse donc, à Paris, Geneviève Halévy, guère plus équilibrée que sa mère, mais sans accès délirants.

Cette jeune fille de vingt ans, née dans un milieu couvert de dettes mais vivant dans l’opulence, lui causera plus d’ennuis qu’elle ne lui apportera de satisfactions, dilapidant les maigres recettes qu’il s’efforce d’arracher à Heugel en transcrivant sans relâche des pages d’orchestre au piano. Besognes sans gloire que ces transcriptions, certes, mais il faut bien vivre. Car, si Mme Halévy a doté sa fille, c’est de manière bien étrange, en donnant à son gendre des reliquats de droits d’auteur des opéras de Fromental Halévy (la Juive étant parfois reprise par un Théâtre-Lyrique en panne de programme), mais en ayant pris bien soin de se réserver par contrat les 3000 premiers francs de droit à venir avant que le jeune couple Bizet ne touche le moindre centime.

Le premier travail familial de Bizet est la réfection d’un opéra intitulé Noé, laissé inachevé par Fromental Halévy avant sa mort (1862). Il termine rapidement ce pensum et se penche sur plusieurs autres projets d’opéras personnels, un Vercingétorix, et Griselidis, d’après Victorien Sardou. Mais la guerre franco-prussienne de 1870 interrompt tous ces travaux. Patriote en diable, Bizet, jeune marié, s’engage dans la garde nationale juste avant la défaite de Sedan. Le 4 septembre, il assiste, ému, à la proclamation de la république.

Puis viennent le siège de Paris et ses difficultés alimentaires. Après l’armistice, Bizet accompagne son épouse à Libourne, près de Bordeaux, tandis que les émeutes de la Commune commencent à ensanglanter Paris. A la vue des accès de folie de sa mère, elle aussi se réfugie en Aquitaine, Geneviève connaît elle-même des sortes de crises, et Bizet la ramène au Vésinet, où vit son père, qui cultive son jardin avec philosophie tandis que les émeutes font rage à Paris. Le compositeur songe un moment à l’immigration: « L’avenir me paraît impossible en France, écrit-il à sa belle-mère. L’insurrection vaincue, tout sera remis en question (...). Entre les fureurs des Blancs et des Rouges, il n’y aura plus de place pour les honnêtes gens. La musique n’aura plus rien à faire ici. Il faudra s’expatrier.

Irais-je en Italie, en Angleterre, en Amérique ? (...) L’Allemagne, le pays de la musique, est impossible pour tout ce qui porte un nom français. Tout cela est triste. » Finalement, Bizet épouse le parti de l’ordre et de la peur qui écrase les Communards, et rentre à Paris en juillet 1871. Il accepte une commande de du Locle (le nouveau directeur de l’Opéra-Comique), un opéra en un acte sur un livret de Gallet, Djamileh, d’après Namouna d’Alfred de Musset (1832), dont Lalo tirera à son tour un ballet en 1882. Bizet est à court d’argent. Sa partition est achevée en deux mois, orchestration comprise, et remise en septembre à l’Opéra-Comique.

En attendant que Djamileh soit montée, Bizet achève une suite de pièces intitulée Jeux d’enfants, que l’éditeur Durand Schœnewerk lui achète pour 600 francs en deux versions, une pour le clavier à quatre mains (dix pièces, plus tard complétées par deux autres) et l’autre pour orchestre (cinq pièces). L’imitation des Scènes d’enfants de Schumann s’arrête au titre. Bizet, ici, fait plus penser à la tradition gracile de Couperin ou la précision d’écriture de Rameau qu’à l’école allemande. Malheureusement peu joués aujourd’hui en concert, les Jeux d’enfants regroupent les meilleures pages de l’auteur.

« Ils révèlent, écrit son biographe français Paul Landormy, une transformation profonde chez ce musicien qui a eu tant de peine à se libérer de l’influence déprimante de son milieu; ils annoncent les prochains chefs-d’œuvre. » Le presto intitulé le Bal fait en effet penser irrésistiblement aux oppositions brusques de tons éloignés de l’ouverture de Carmen, et la Toupie est saisie d’un mouvement endiablé révélant, tout comme les élans répétés du Saute-mouton, une précision rythmique et harmonique encore insoupçonnée chez Bizet, qui en fera un usage virtuose dans l’Arlésienne. Ainsi, au moyen de pièces en tout point charmantes et à la limite de l’anecdote, Bizet repense à sa manière d’écrire, la précise, la dirige vers un style de plus en plus personnel et original, débarrassé des tours de main à la mode. Il trouve enfin sa propre voie.

Les remaniements opérés par Georges Bizet dans son art musical le mettent d’excellente humeur. Son librettiste, Louis Gallet, le décrit ainsi à l’époque de la rédaction des Jeux d’enfants et de Djamileh, dans sa maison du Vésinet, à côté de Paris: « En chapeau de canotier, en veston large, il se promenait avec l’aisance heureuse d’un gentilhomme campagnard, fumant sa pipe, devisant joyeusement avec ses amis, les recevant à sa table avec bonhomie toujours un peu narquoise (...) L’air toujours très doux et très fin sous le binocle inamovible, la lèvre presque continuellement arquée par un sourire imperceptiblement moqueur, il causait discrètement d’une voix un peu sifflante et de cet air détaché que je lui ai toujours connu...»

Malgré l’approbation des amis, Bizet craint l’insuccès de sa Djamileh ne vienne mettre un point final à sa carrière lyrique. Pourtant, du Locle le rassure aussitôt en lui commandant un ouvrage sur une nouvelle de Prosper Mérimée dont les librettistes Meilhac et Halévy, habitués des succès de Jacques Offenbach (la Belle Hélène, par exemple), doivent écrire le texte: Carmen. En attendant la rédaction du livret, le compositeur savoure quelques satisfactions: il est demandé comme membre du concours de fugue du Conservatoire, preuve qu’on le tient pour sérieux, et son épouse lui donne le 10 juillet, un fils, qu’il prénomme Jacques.

Il a, dans cette période, un autre travail sur la table, commandé par Carvalho, qui, après la faillite de son Théâtre-Lyrique, est devenu directeur du Vaudeville: une musique de scène pour la pièce d’Alphonse Daudet qui va bientôt être créée, l’Arlésienne. Le roman camarguais de Daudet raconte l’histoire d’un jeune garçon de Castelet qui ne peut oublier sa promise partie pour Arles avec un gardian, et qui se donne la mort par désespoir. La première a eu lieu le 1er octobre 1872. Le public est déconcerté par la musique de scène, qui selon lui trouble l’écoute de la pièce, et boude rapidement le Vaudeville, qui doit retirer l’œuvre de l’affiche après vingt représentations. Genre difficile, la musique de théâtre avait connu des heures de gloire en France, notamment dans les fastes de Versailles, avec Molière, mais tombait depuis en désuétude.

Pour autant, la partition de Bizet pour l’Arlésienne ne rougit pas d’une comparaison avec les œuvres de ses illustres prédécesseurs Lully (pour le Bourgeois Gentilhomme) ou Charpentier (pour le Malade imaginaire). Les premiers à le reconnaître sont les confrères. Massenet, par exemple, écrit à Bizet: « Si ta musique m’a charmé et impressionné une première fois, mon plaisir a été bien autre depuis que j’ai connu la partition et que j’ai entendu ces belles et poétiques choses. Il y a des mélodrames de quatre mesures qui sont des tableaux, des paysages inouïs...» C’est la faiblesse des effectifs mis à sa disposition (vingt-six instruments en tout, puisque la scène du Vaudeville ne comprenait pas de fosse d’orchestre) qui a poussé Bizet à une économie de moyens et à une efficacité exceptionnelle dans son écriture orchestrale de l’Arlésienne.

Il réussit à créer, par le seul recours aux jeu de timbres et au resserrement de l’harmonie, des espaces sonores magnifiquement ciselés, comparables aux œuvres picturales d’un La Tour ou d’un Watteau. Le compositeur donne aussi ce qu’il faut de couleur locale à son œuvre (mais sans verser dans le pittoresque de carte postale) en reprenant plusieurs airs provençaux tirés du recueil le Tambourin, paru en 1863.

Bizet présente rapidement deux versions de sa musique de scène, sous forme de suites: l’une pour piano à quatre mains, selon son habitude, et l’autre pour orchestre. Cette dernière, créée aux concerts dominicaux de la société des Concerts Pasdeloup dès le mois de novembre 1872, connaît un succès sans précédent, avec des bis réclamés dès la première audition. Ernest Guiraud, ami de longue date de Bizet puisqu’ils se sont connus à Rome à la villa Medicis, tirera après sa mort une seconde suite de la musique de scène de l’Arlésienne, les deux étant jouées l’une après l’autre en concert, mais sans que le travail de Guiraud paraisse vraiment indispensable, ni pour la compréhension de l’œuvre de Bizet ni pour donner à la première suite une cohérence musicale qui lui aurait manqué.

Outre la marche d’ouverture et le merveilleux adagietto, on retient de la partition de Bizet un certain nombre d’innovations qui vont bientôt révéler dans Carmen toute leur fécondité. Ainsi avec ses frottements harmoniques dans lesquels le compositeur oppose, par exemple, un groupe de deux mesures en Fa dièse Majeur à un autre groupe en La Majeur, avant de revenir en Fa dièse Majeur qui vont s’opposer ensuite à deux autres mesures en Si bémol Majeur. Ces progressions harmoniques font penser aux techniques picturales de contraste de couleurs crues placées directement au couteau, sans aménagement de transitions; ce sont celles qu’un Cézanne travaille à la même époque dans un soucis de reconstruction de l’espace. Bizet, à sa manière, participe du même mouvement artistique.

Pour sa saison de concerts populaires dominicaux au Cirque d’hiver (1873-1874), le chef d’orchestre Pasdeloup souhaite pousser « la jeune musique » et commande trois ouvertures instrumentales à Bizet, Guiraud et Massenet. Bizet fournie alors Patrie, qui remporte un succès colossal et doit être repris plusieurs fois. Le souvenir des affres de la récente guerre franco-prussienne peut justifier cet enthousiasme. Pour autant, cette ouverture qui fait penser au Beethoven des mauvais jours ou au Tchaïkovski de l’Ouverture solennelle 1812 n’est plus guère jouée aujourd’hui, sa qualité laissant trop à désirer en maints passages pour soutenir encore l’intérêt.

Cette Patrie n’est qu’une distraction dans le travail de Bizet, penché sur le bureau-piano fabriqué par Érard à l’intention de Fromental Halévy, poursuit à cette époque: la composition de Carmen, l’esquisse d’un Cid sur un livret de Gallet et une cantate sur Geneviève de Paris, dont le texte lui a également été fourni par Gallet. Malheureusement, il n’achèvera que la première de ces œuvres avant de mourir, alors qu’il trouve enfin sa voie créatrice.

Bizet ne devait connaître de gloire que posthume. Déçu, mais non désespéré (contrairement a ce qui a été souvent écrit), par l’insuccès relatif de son dernier ouvrage, il décide, en 1875 de partir se reposer à Bougival, où il avait loué une maison quelques mois auparavant pour se consacrer à la rédaction des 1200 pages manuscrites que compte l’orchestration de Carmen. Depuis longtemps, déjà, il passe par des crises d’angines répétées, qui réapparaissent dans chaque période de travail intense et assidu. Dans la troisième semaine de mai, son oreille gauche est infectée et il souffre de rhumatismes articulaires.

Puis, le grand air aidant, la douleur décroît. Le 29 mai, il commet l’imprudence de se baigner dans la Seine en compagnie de son ami Delaborde. L’eau du fleuve est froide, sinon glacée. Dès le lendemain, la crise de rhumatisme articulaire aigu reprend. Puis, le 1er juin, apparaît le premier symptôme de complication cardiaque. Le 2 juin, l’atteinte cardiaque se confirme dans l’après-midi. Dans la nuit du 2 au 3, soit trois mois jour pour jour après la création de Carmen, il meurt de complications de son angine. Il n’avait pas encore trente-sept ans, l’âge auquel Rossini s’était arrêté de composer pour éviter de se répéter. Celui auquel Bizet commençait juste à trouver sa propre voie. Les funérailles eurent lieu deux jours plus tard à l’église de la Trinité, en l’absence de Geneviève, que son déséquilibre mental persistant laissait prostrée dans la maison de Saint-Germain où l’avait conduite son cousin Ludovic Halévy.

Il est très probable que la cérémonie religieuse à la Trinité aurait été refusée par Bizet s’il avait songé à laisser des dispositions testamentaires à cet égard, lui qui écrivait à son élève et ami Galabert en 1866: « La religion est le manteau de l’ambition, de l’injustice, du vice. » Imposé par les conventions, le spectacle des funérailles reste donc très conventionnel. Geneviève Bizet-Halévy se remariera en 1886 avec un avocat nommé Émile Strauss, parent des banquiers Rothschild, qui la met à l’abri du besoin. Toujours dépensière et courant les salons, elle fréquente les endroits à la mode et défraie la chronique par ses bons mots très attendus, qui tentent de singer l’intelligence véritable.

Marcel Proust en reprendra de nombreux traits pour construire son personnage de la duchesse de Guermantes, dans A la recherche du temps perdu. Quant aux archives de Bizet, ni elle ni son fils Jacques, qui se suicidera en 1922, n’y prêtent attention. Sans doute Geneviève méprise-t-elle jusqu’au souvenir du compositeur, dont l’œuvre rapporte assez en droits d’auteur sans qu’il soit besoin d’aller exhumer de vieux papiers. Ceux-ci parviendront dans le plus parfait désordre au Conservatoire de Paris quelque temps après sa mort, intervenue en 1926.


Source : www.resmusica.com/.../a.com/aff_articles.php3?num_art=500

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