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Jean DUBUFFET

 
Biographie et celebrite

Biographie de Jean DUBUFFET :

 
1504ème
Jean DUBUFFET
1901 - 1985
Découvrez la biographie de Jean DUBUFFET
Score : 1 860
Artiste, Peintre et Sculpteur (Francais)
Né le 31 juillet 1901
Décédé le 12 mai 1985 (à l'âge de 83 ans)


Artiste iconoclaste, pourfendeur des institutions, jean dubuffet a produit une œuvre abondante et variée, marquée par une remise en question constante. Artiste majeur du XXe siècle, sa vie est scindée en deux périodes distinctes : la première porte l’empreinte d’un héritage familial assumé tant bien que mal ; la seconde, qui se confond avec son œuvre, débute lorsque, à l'âge de quarante et un an, il décide de se livrer exclusivement à sa vocation artistique. Issu d'une famille normande de négociants en vin, jean dubuffet s'inscrit à l'école des beaux-arts du Havre, sa ville natale, en 1916. Après l’obtention du baccalauréat, il suit quelque temps les cours de l'académie Julian à Paris. Il fréquente Suzanne Valadon, Max Jacob, Charles-Albert Cingria, André Masson, Fernand Léger et Juan Gris. Cette vie de dilettante se prolonge jusqu'à son service militaire qu’il effectue comme météorologiste à la tour Eiffel (1922).


En 1924, doutant des valeurs culturelles, il interrompt ses études et tous ses travaux afin « d'épouser la vie active ». Il s'embarque pour Buenos Aires où il travaille dans un atelier de chauffagistes. De retour au Havre six mois plus tard, il prend des fonctions dans le commerce familial — dont il héritera à la mort de son père — et se marie. En 1930, il s'installe définitivement à Paris avec sa femme et sa fille, fonde une entreprise de négoce de vins en gros à Bercy. Il se remet à peindre, confectionne des masques, fabrique des marionnettes et réalise des portraits d'Émilie Carlu, dite Lili, qui devient sa seconde femme en 1937. Ses affaires, négligées, périclitent : il abandonne à nouveau la peinture. En 1939, il est mobilisé, puis muté pour indiscipline et évacué vers le sud. À son retour à Paris en septembre 1940, il reprend en main son affaire qui prospère, entre trafic et marché noir.

À partir de 1942, riche et libre de son temps, il décide de se consacrer exclusivement à l’art et crée des images « primitives » au dessin volontairement malhabile, proche de la caricature ou du graffiti. Dans un « expressionnisme bariolé », il se met à peindre sa série Vues de Paris inspirée de dessins d'enfants. Ceux des malades mentaux, découverts au cours d'un voyage à Heidelberg, l'intéressent aussi vivement. Au printemps 1943 il produit quelques toiles sur le métro (un thème récurrent) et d’autres sur le jazz.

En 1944, il crée ses premiers Graffitis, ses Messages à l'encre de Chine, gouaches et encres de couleur sur papiers journaux, ainsi que ses premières Tables. Sa première exposition a lieu en octobre 1944 à la galerie Drouin ; il y présente sa série des Marionnettes de la ville et de la campagne. Deux ans plus tard, il récidive avec Mirobolus, Macadam et C°, Hautes Pâtes de J. Dubuffet. La facture de ces tableaux fait scandale. Dubuffet se détourne de la peinture à l'huile traditionnelle pour des mélanges de sa confection : céruse, mastic liquide, sable, graviers, goudron, vernis, plâtre, poussière de charbon, éclats de verre… Sur cette pâte, il incise, coupe, racle avec un grattoir, une cuiller, un couteau ou même ses doigts. En 1947, ses Portraits d'écrivains suscitent un autre scandale : à l'origine, des portraits de Jean Paulhan (1945) à l'encre de Chine et à la gouache. Ces toiles « à ressemblance extraite, à ressemblance cuite et confite dans la mémoire, à ressemblance éclatée dans la mémoire » ont pour titre Léautaud sorcier peau-rouge, Ponge plâtre meringué, Tapié grand-duc, Michaux façon momie…

Entre 1947 et 1949, alors que ses entrepôts de Bercy sont vendus, il entreprend plusieurs voyages dans le Sahara et apprend l'arabe. Il réalise une série de gouaches, de nombreuses peintures à la colle et des dessins aux crayons de couleur, travail préliminaire à un cycle sur le désert qui ne verra jamais le jour. En 1947 également, sa première exposition à New York connaît un vif succès.

Dès juillet 1945, jean dubuffet a commencé en France et en Suisse une collection curieuse ; il s'agit d'œuvres d'expression populaire, de sculptures, peintures, tapisseries, objets divers élaborés par des médiums, malades mentaux, artisans marginaux et détenus. Il invente le terme « d'art brut » pour décrire leur art spontané, ignorant les canons artistiques. Les œuvres sont d'abord exposées dans le sous-sol de la galerie Drouin (novembre 1947). Au printemps 1948, Dubuffet fonde avec André Breton, Michel Tapié et Jean Paulhan la Compagnie de l'art brut, vouée à l'étude et à la diffusion de l'art involontaire, sans culture ni tradition. La collection voyage ensuite chez Alfonso Ossorio à New York, puis rue de Sèvres à Paris, avant de trouver refuge à Lausanne, en 1976, où elle constitue aujourd'hui le fonds du musée de l'Art brut.

Dans les années 1950, Dubuffet multiplie les séries. Corps de Dames (1950-1951) brise un nouveau tabou esthétique, celui de la représentation de la femme. Sols et Terrains (1950-1952) prolonge ses recherches sur la matière. Il donne également une importante série de « vaches » (la Belle Allègre, la Belle Fessue, la Belle Tétonnée) abordée en 1943 et les 44 Petites Statues de la vie précaire en papier journal, tampon à récurer, éponge, pieds de vigne, pierres, lave, etc.

En 1955, il s'installe à Vence et reprend les Assemblages abordés deux ans plus tôt ; ce sont des collages et assemblages de fragments de tableaux, de textures et de morceaux de papier tachés d'encre. Il conçoit aussi les Tableaux d'assemblages, des lithographies qui reprennent les montages initiaux et sont redécoupées et associées à nouveau sur un autre support. Son goût déjà évident pour les textures riches et empâtées débouche sur le cycle des Texturologies (1957), hauts-reliefs de matériaux mixtes et en partie non picturaux d'où toute anecdote, toute figuration est exclue. Plusieurs autres séries ont trait à l'élément minéral : Terres radieuses, Pâtes battues, Routes et Chaussées, Célébrations du sol. Il réalise également ses premiers tableaux en ailes de papillons (1953), revenant plusieurs fois à cette technique (1955, 1957).

De 1958 à 1962, il travaille à des compositions lithographiques (cycle des Phénomènes), réalise une série d'assemblages d'empreintes sur le thème des Barbes, marie des végétaux dans les Éléments botaniques et commence le grand cycle des Matériologies. Il entretient durant une douzaine d’années des relations avec le Collège de pataphysique qui lui consacre un double cahier en 1960 (Cosmorama de Jean Dubuffet). Il aborde également la création musicale avec l'un des fondateurs du groupe Cobra, Asger Jorn. Leur collaboration se traduit par l'enregistrement d'un album de quatre disques, Asger John et jean dubuffet, musique phénoménale (1960-1961), suivi de jean dubuffet, expériences musicales (album de six disques, 1961). En 1961 toujours, le cycle Paris Circus marque le grand retour à la peinture aux couleurs primaires et aux formes exacerbées. Dubuffet y campe la grande ville, son affluence, ses rues, ses enseignes, ses automobiles.

Avec le cycle de l'Hourloupe qui s'étale sur douze ans, de 1962 à 1974, Dubuffet se lance dans la peinture de fragments bariolés et étroitement imbriqués. Ce style s'applique également à ses sculptures en résine, parfois réalisées à échelle monumentale. Tout commence par des formes griffonnées en bavardant au téléphone, des tracés en puzzles, un dessin net cloisonné sur fond blanc, des surfaces striées de traits rouges ou bleus. Ce graphisme « hourloupéen », véritable manifeste pictural, Dubuffet le fait proliférer sous tous les formats, des plus petits dessins au stylo bille et au marker aux toiles de 8 m (les Inconsistances, 1964), des gouaches et huiles aux volumes peints au vinyle (1966) puis, grâce à l'emploi du polystyrène expansé, aux bas-reliefs, sculptures, édifices, architectures (« anarchitectures » selon Michel Ragon). Citons la Tour aux figures (1967, réalisée en 1988 à Issy-les-Moulineaux), le Jardin d'hiver (1968-1970, installé aujourd'hui au Centre Georges-Pompidou), le Jardin d'émail (1968-1973, Otterlo), le Groupe de quatre arbres (1970-1972, New York) et la Closerie Falbala (1969-1976, Périgny-sur-Yerres) : cet ensemble entoure la Villa Falbala qui abrite le Cabinet logologique.

Coucou Bazar, spectacle burlesque avec décors mouvants motorisés et costumes en forme de carapaces rigides et articulées, est créé au musée Guggenheim à New York et au Grand Palais à Paris en 1973. Œuvre monumentale commandée par la Régie Renault pour l'extérieur, le Salon d'été (1973-1975), semble présenter des défauts dans l'infrastructure, une fois les travaux engagés. La réalisation est stoppée en 1976 et l'œuvre est finalement détruite. La déception bien compréhensible de l’auteur qui engage un procès contre son commanditaire (gagné en 1983) est peut-être à l’origine de l'abandon du langage hourloupéen.

Dubuffet se consacre alors à ses Théâtres de mémoire (1975-1979), tableaux constitués d'assemblages minutieux de fragments (en général une quarantaine pour chaque œuvre) provenant des chutes et du découpage de la série précédente, les Lieux abrégés. Il se concentre sur la notion de « site » (1980-1982) dans des dessins et tableaux avec personnages (Sites aux figurines, Sites aléatoires et surtout Psycho-sites, une série de plus de 500 peintures sur papier). En 1983, avec les Mires, les sites et les personnages disparaissent, laissant place à un espace envahi par une inflation de hachures bleues ou rouges sur des fonds blancs ou jaunes. L'année suivante, les Non-lieux évoluent vers une apparente abstraction qui remet en cause de différentes manières les données spatiales communes. Ces œuvres ultimes, non sans analogies avec les philosophies orientales, le bouddhisme notamment et les doctrines nihilistes, sont marquées par un profond scepticisme. Dubuffet meurt le 12 mai 1985 à Paris après avoir rédigé sa Biographie au pas de course (1985).

L'œuvre de Dubuffet échappe à toute classification. Elle oscille entre la figuration la plus exacerbée et l'abstraction la plus débridée, « entre l'hilarant et la métaphysique » (Michel Ragon). La perspective n'est pour lui qu'une convention abstraite, il juxtapose des points de vue, « joue pleinement le jeu du plan, aplatissant tout, les formes autant que les fonds » (Marcel Paquet). Ses paysages regorgent de figures prises dans le relief des sols, en plans rabattus haut dans les tableaux.

Dubuffet reprend tout à zéro ; les arts du passé ne le concernent pas (« une œuvre de 1900, déjà, je n'y comprends plus rien »). Il se reconnaît néanmoins une parenté avec ces sculpteurs et peintres de la Renaissance qui ont osé s’opposer au maniérisme florentin. Ses véritables maîtres sont les enfants, les gens du commun (« Je me suis passionné d'être l'homme du commun du plus bas étage »), les malades mentaux. Il accapare pour son œuvre propre ce qui, selon lui, relève de l'art brut. Cette recherche des formes du « collectif vulgaire » s'accompagne, chez cet artiste avide d'expérimentation, d'audacieuses innovations dans la manière de peindre, d'une passion pour la matière, les couleurs, tout ce qui constitue physiquement le tableau. Ces matériaux de prédilection, qu'il pressent étranges, sont les plus communs, les plus proches et les plus vulgaires. Il a souvent proclamé que son art était une réhabilitation des valeurs décriées.

Dubuffet s'applique également à écrire phonétiquement, à la manière des illettrés et publie des petits livres illustrés en jargon populaire transcrit phonétiquement : Ler dla campane (1948), Anvouaiaje (1950), Labonfam a beber (1950), tous trois repris dans Plu kifekler mouikon nivoua (1950). Suivent par intermittence une dizaine d'autres textes, de Oukiva trèné ses bottes (1954) à Oriflammes (1983).

Malgré son mépris pour les cercles littéraires officiels et les rapports ambigus qu'il entretient avec l'écriture, Dubuffet produit de nombreux textes critiques, mémoires sur ses travaux et essais polémiques, dans un style raffiné, sophistiqué : Notes pour les fins lettrés (1946), Prospectus aux amateurs en tous genres (1946), Positions anti-culturelles (1951)… En 1968, il publie Asphyxiante Culture, un pamphlet dans la veine anarchiste du début du XXe siècle. Ses écrits, réunis sous le titre Prospectus et tous écrits suivants (Gallimard, 1967-1995) occupent quatre volumes. Chacun de ses titres d'œuvre est également une trouvaille littéraire.

Il faut mentionner également son abondante correspondance, notamment avec Céline — auquel il voue un véritable culte — Gombrowicz, Paulhan, Breton, Queneau… Il a par ailleurs illustré nombre d'ouvrages de ses amis écrivains (Éluard, Ponge, Guillevic, Paulhan, André Martel, Jacques Berne, etc.).

La fondation Dubuffet qu'a créée l'artiste en 1974 est sise rue de Sèvres à Paris. L'œuvre polymorphe de l’artiste y est répertoriée : on compte plus de 10 000 travaux à son catalogue raisonné. Le siège social, installé à Périgny-sur-Yerres, accueille la Closerie Falbala ainsi que la collection personnelle de l'artiste (plus de 1 000 œuvres). Pour commémorer l’anniversaire de sa naissance, de nombreux événements lui sont consacrés en 2001 au premier rang desquels la grande rétrospective « jean dubuffet, l'exposition du centenaire » au Centre Georges-Pompidou et l’exposition « jean dubuffet, une biographie au pas de course » à la fondation Dubuffet.



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Jean DUBUFFET Ceux à qui le monde n'apparaît pas à leur goût, je leur conseille de ne pas tâcher de changer le monde mais de changer leur goût.
Jean DUBUFFET Peindre n'est pas teindre.
Jean DUBUFFET L'art ne vient pas se coucher dans les lits qu'on a faits pour lui ; il se sauve aussitôt qu'on prononce son nom. Ce qu'il aime, c'est l'incognito, ses meilleurs moments sont quand il oublie comment il s'appelle.
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