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GIRAUDOUX Jean

Artiste et écrivain (Francais)

Né le 29 octobre 1882
Décédé le 31 janvier 1944 (à l'âge de 61 ans)

Fils d'un percepteur, il est reçu à l'Ecole normale supérieure en 1903 et s'oriente vers des études germaniques, dont l'influence est sensible dans son œuvre. Entré au Quai d'Orsay en 1910, il est deux fois blessé pendant la Grande Guerre, puis est envoyé comme instructeur militaire en mission au Portugal et aux Etats-Unis.

Après la guerre, sa renommée grandissante d'écrivain teinte peu à peu de gloire une carrière déjà fort brillante de haut fonctionnaire. Nommé commissaire à l'Information en 1939, il abandonne ce poste dès la défaite et se retire de la vie publique pour retrouver la littérature. Il mourra quelques mois avant la Libération.

L'œuvre de G. frappe par sa diversité. La guerre de 1914 lui inspira Lectures pour une ombre, Amica America et Adorable Clio ; celle de 1939 Pleins Pouvoirs et Sans Pouvoirs : des premiers aux seconds de ces essais, une légèreté qui était voile de pudeur s'est transformée en sévérité lucide, dénuée de toute illusion sur un avenir dessiné d'un crayon amer. Le critique littéraire, toujours présent dans l'œuvre d'invention, s'est plus spécialement exprimé dans de célèbres conférences (Les Cinq Tentations de La Fontaine) et dans de brefs essais que réunit Littérature. Quant au créateur, il s'est d'abord fait connaître par des romans (parmi lesquels celui qui lui apporta la notoriété, Siegfried et le Limousin), après avoir débuté sans éclat par un recueil de nouvelles, Provinciales. Cependant la rencontre de Louis Jouvet détermine assez tardivement G. à se tourner de préférence vers le théâtre où il débute avec Siegfried pièce tirée de son roman.

Pièces et romans sont les œuvres d'un esprit exceptionnel, qui irritent aussi violemment ceux qui le jugent léger qu'elles enchantent ses admirateurs. Il n'est pas très facile de faire le partage : les romans, par exemple, ont-ils la fragilité du chef-d'œuvre ou celle du caprice ? Sans parler des moins heureux, qui cèdent au " trucs " du roman à clés (Bella ; Combat avec l'ange), doit-on trouver maladroitement précieuses, indiscrètement intellectuelles ou d'une délicieuse poésie les promenades vagabondes que sont Suzanne et Juliette ? Livres sans règles, se moquant des procédés reçus, proches de l'antiroman ; paysages aimés, légers et frêles du Limousin ; paresse d'un récit sans cadre, mais fermement guidé par la plume accomplie d'un conteur quelque peu narcissique. Quant à la production théâtrale généralement considéré comme plus solide, beaucoup se sont demandé si son incorrigible " beau langage " ne la condamne pas à être plutôt lue que jouée : la préciosité des innombrables références littéraires, devenue moins perceptible à la scène, laisserait à découvert une certaine pauvreté dramatique.

Mais G. ne voulait-il pas délivrer le théâtre du tragique et, montrant l'artificialité des conceptions classiques, soustraire l'homme à la hantise du destin ? Si cet humanisme souriant jette tous ses feux dans les premières pièces, la montée de l'hitlérisme contraignit, contre ses principes mêmes, le germaniste G. à laisser peu à peu transparaître son angoisse.

Dans La guerre de Troie n'aura pas lieu, dont le sujet homérique n'est qu'un prétexter à commenter l'inquiétante montée des périls européens, l'opposition entre le couple bondissant de jeunesse d'Andromaque et d'Hector et l'absurdité sartrienne d'un dénouement que son apparente gratuité revêt de plus d'horreur produit un choc dont l'efficacité sur le public s'est vérifiée lors d'une heureuse reprise (Théâtre de la Ville, Paris, 1971-1972) : s'y dévoilent les mérites et les limites de ce généreux théâtre du langage, trop pathétiquement confiant dans le couple humain pour qu'on ne lui pardonne son amour excessif des images de la parodie littéraire, d'un certain clinquant verbal quelquefois vielli.

Les deux dernières pièces de G., la sombre et statique Sodome, la grinçante Folle de Chaillot comme son ultime et méconnu roman, Choix des élues, donneraient peut-être la clé de son personnage : sous l'humour, sous le jeu, sous la fumée des mots, l'inquiétude tendue d'un homme extraordinairement lucide quant au peu de chances de bonheur échues à son siècle.

Source : http://perso.wanadoo.fr/famille.tea/jeang.htm

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