Artiste, écrivain et Romancier (
Russe)
Né le 09 septembre 1828Décédé le 20 octobre 1910 (à l'âge de 82 ans)
Né en 1828 dans la haute bourgeoisie russe, Léon Tolstoï entre dans l'armée à 23 ans et fait le coup de feu contre les rebelles tchéchènes (déjà). Il commence à écrire et abandonne l'armée 5 ans plus tard.
Il est reconnu comme l'un des plus grands écrivains russes avec deux best-sellers mondiaux : Guerre et Paix et Anna Karénine. Mais son évolution hors du commun fait de lui un homme attachant, d'une richesse intérieure impressionnante, et il est un des précurseurs de la non-violence. Léon Tolstoï est à la fois ce chrétien en «quête de la vérité», révolté par la pauvreté, la peine de mort, l'indifférence à autrui, l'esclavage, le militarisme, l'hypocrisie du clergé, et cet intellectuel curieux des autres cultures.
C'est une véritable crise religieuse et morale qui transforme sa pensée, sa manière de vivre et de considérer le monde. Une vraie conversion !
Les années 1879-1886 furent décisives, et cela se voit dans ses œuvres (Confessions, Critique de la théologie dogmatique, Concordance et traduction des quatre évangiles, En quoi consiste ma foi, et Que devons-nous faire ?) où il développe progressivement une pensée condamnant radicalement la violence, notamment celle de l'État, et il deviendra un dissident dans son propre pays, excommunié et censuré par I'Eglise orthodoxe. Dans «Le Royaume des cieux est en vous», il expose sa doctrine issue des évangiles. Partant de l'idée de la non-résistance au mal par la violence, il remarque que l'Église ne fait pas cas de ce commandement de résistance non-violente au mal. Les prêtres bénissent les canons et l'Église soutient les soldats en dérogeant au commandement biblique : «tu ne tueras point». Comme les quakers, il pense que le guerre est inconciliable avec les principes enseignés dans le sermon sur la montagne. Pour lui, l'État despotique ou libéral, n'est qu'une «organisation de la violence n'ayant pour principe que l'arbitraire le plus grossier». Le service militaire n'est pas compatible avec l'esprit chrétien. Un chrétien ne peut se préparer à l'assassinat de son prochain ou le commettre en étant soldat. L'idée même de juger et condamner à mort est à l'opposé de celle de tolérance et de pardon du Christ. Tolstoï accuse les maîtres religieux de donner des instructions contraires à celles du Christ. «Ils enlèvent à l'enseignement du Christ toute sa signification». La duplicité est constante dans l'Église depuis qu'elle est devenue une puissance temporelle, devenant de plus en plus riche, et cela dure depuis le règne de Constantin.
Tolstoï préconise le refus de soutenir la violence de l'État en refusant de payer l'impôt ou d'effectuer le service militaire, mais il ne se lancera jamais dans des actions non violentes de ce type. Cependant, il soutient les Doukhobors, groupe religieux pacifiste dissident de l'Église orthodoxe et aide ses membres à s'exiler au Canada (note).
«Père de douze enfants, ses relations avec son épouse deviennent difficiles à mesure qu'il prend ses distances avec l'Église et qu'il adopte un mode de vie en communion avec ses idées - il abandonne le tabac, l'alcool, la chasse, la viande, s'habille en paysan, coupe lui-même le bois et confectionne des chaussures», raconte son fils. Tolstoï ouvre une école pour les enfants pauvres dans sa propriété de Iassnaïa-Poliana, et il expérimente des méthodes pédagogiques non contraignantes et non violentes, ce qui est une vraie nouveauté pour l'époque.
Tolstoï définit ainsi ce qu'il appelle la «vraie vie» : c'est «celle qui ajoute au bien accumulé par les générations passées, qui augmente cet héritage dans le présent et le lègue aux générations futures». Tolstoï refusait aussi la contre-violence révolutionnaire comme celle exercée lors de la première révolution russe de 1905 : «La violence engendre la violence, c'est pourquoi la seule méthode pour s'en débarrasser est de ne pas en commettre». Son œuvre littéraire prend elle aussi une tournure sociale, notamment à travers des essais et des récits populaires, largement diffusés dans la population russe, dont certains seront censurés. Comme, par exemple, cet essai :
« Ivan le petit sot » est le titre d'un conte philosophique antimilitariste qui démontre que non seulement il est parfaitement possible de résister à un agresseur en se passant d'armée, mais encore que cela est avantageux. Le risque d'attaque est moins grand, car l'aggresseur n'a aucun prétexte de "défense" pour attaquer, et l'économie d'une armée permet d'arranger un compromis ou de tenir le temps qu'il faut pour convaincre l'assaillant qu'il a tort. Pas de morts inutiles, les hommes restent libres à leur travail pour résister au lieu d'être embrigadés pour guerroyer ; sachant le coût exorbitant d'une défense armée, c'est évidemment la bonne solution pour se prémunir des dangers d'une guerre !
Dans Argent et travail, Tolstoï développe sa thèse sociale qui a sa source dans l'injonction biblique: «Tu travailleras à la sueur de ton front». Le travail manuel est une nécessité vitale et une valeur traditionnelle, et les bureaucrates, les fonctionnaires du fisc et surtout les militaires, sont donc considérés comme des parasites de la société.
Léon Tolstoï est parmi les principaux penseurs occidentaux qui ont participé à l'élaboration de la Non-violence. Gandhi dit avoir puisé ses idées essentielles dans Le Royaume des Cieux est en vous : «La Russie m'a donné en Tolstoï un maître qui m'a pourvu d'une base raisonnable pour ma Non-violence.»
«Il n'y a qu'une solution, celle de la reconnaissance de la loi d'amour et du refus de toute violence», écrit Léon Tolstoï quelques jours avant sa mort (1910).