Artiste, Dramaturge, écrivain, Homme d'état, Homme politique et Président (
Tchèque)
Né le 05 octobre 1936Décédé le 18 décembre 2011 (à l'âge de 75 ans)
Václav Havel né le 5 octobre 1936 à Prague, et mort le 18 décembre 2011 à Hrádeček est un dramaturge, essayiste et homme d'État tchécoslovaque puis tchèque.
Durant la période communiste, il est l'une des figures de l'opposition à la République socialiste tchécoslovaque. Il est président de la République fédérale tchèque et slovaque de 1989 à 1992, puis président de la République tchèque de 1993 à 2003. Politicien atypique, généralement estimé comme une « personnalité extraordinaire » dans son pays, souvent appelé le « président-philosophe », sa vie a été qualifiée d'« œuvre d'art » par Milan Kundera.
Václav Havel naît à Prague le 5 octobre 1936 au sein d'une famille de la bourgeoisie praguoise, entrepreunariale et intellectuelle : « une famille d'entrepreneurs richissimes, propriétaires de studios de cinéma et de dizaines d'immeubles dans la capitale4 ». Après la libération du pays de l’occupant nazi par l'armée rouge et l'arrivée au pouvoir des communistes en 1948, sa famille est dépossédée de ses biens et accusée d'avoir collaboré avec les nazis. Ses parents seront obligés de travailler comme ouvriers dans l'usine qu'ils avaient créée. Après la fin de sa scolarité obligatoire, en 1951, le jeune Havel se trouve, comme la plupart des membres de l'élite, taxé d'« ennemi de classe » et donc interdit d'études par le régime. Il ne peut ainsi entrer à l'université pour suivre les études de littérature et de cinéma comme il le souhaitait5.
Cette marginalisation sociale lui est d'ailleurs imposée alors qu'il refusait déjà lui-même d'être reconnu plus pour sa « position sociale favorable » que pour son esprit. Pendant quatre ans, alors qu'il est apprenti-technicien dans un laboratoire de chimie, Havel assiste à des cours du soir dans un lycée, préparant ainsi le baccalauréat qui lui permet d'entreprendre des études d'économie à l'École technique supérieure de Prague (České vysoké učení technické v Praze). Encouragé par tradition familiale à s'intéresser aux valeurs humaines de la République tchécoslovaque, Václav Havel commence dès l'âge de dix-neuf ans à publier articles et nouvelles, en particulier dans des revues liées au théâtre.
Après son service militaire, il travaille comme éclairagiste au théâtre ABC, puis plus tard, dès 1960, au théâtre « sur la balustrade » (Divadlo na zábradlí). C'est la qu'il rencontre Olga, comédienne, qui deviendra son épouse5. Ce deuxième théâtre produit sa première pièce, la Fête en plein air (Zahradní slavnost) (1963), une pièce présentant d'une remarquable manière la forte régénération des tendances qui prévalaient dans la culture et la société tchèque dans les années 1960 et qui a culminé lors du Printemps de Prague de 1968. Pour lui, son action dans la vie publique et culturelle est un moyen de promouvoir son idéal démocratique. Pour vivre, il travaille en parallèle comme manœuvre dans une brasserie industrielle.
Václav Havel est d'abord inspiré par le théâtre de l'absurde et l'héritage kafkaïen, puis sa parole dissidente prend le dessus. Le grand nom qu'il s'est fait dans les années 1960, grâce à son œuvre dramatique, et à la censure que lui imposent le régime politique, font que, dans les années 1970, Havel entre résolument dans la dissidence, pour rédiger un vibrant plaidoyer politique en faveur des droits de l'Homme : le manifeste de la Charte 77.
Après l'invasion de la Tchécoslovaquie par les troupes soviétiques en 1968, qui marque la fin du processus de libéralisation du Printemps de Prague, Václav Havel n'a pas abandonné ses convictions, dont il trouvait inspiration dans les écrits de Jan Patočka et Martin Heidegger6,7}}, comme de nombreux dissidents tchèques de son époque. Il a été président du Cercle des écrivains indépendants, puis membre actif au sein du club des Sans-parti engagés. Son engagement lui coûte une censure de ses pièces : en 1974, il travaille dans une brasserie. Par la suite, Václav Havel commence à être connu par la communauté internationale comme un représentant de l'opposition intellectuelle tchécoslovaque. En tant que citoyen, il proteste contre l'oppression intense qui marque la normalisation en Tchécoslovaquie. Sa lettre ouverte adressée en 1975 au président tchécoslovaque Gustáv Husák, dans laquelle il dénonce la situation critique de la société et la responsabilité du régime politique, connaît un large retentissement. En 1977, il est l'un des co-fondateurs, et l'un des trois porte-paroles de la Charte 77, une organisation de défense des droits de l'homme en Tchécoslovaquie. Son action le mène en prison à trois reprises, où il passe près de cinq ans, entre 1977 et 1989. C'est alors qu'il écrit en 1978 un remarquable essai : « Le Pouvoir des sans-pouvoir », dans lequel il analyse l'essence de l'oppression totalitaire des communistes. Il décrit les mécanismes utilisés par le régime communiste dont le but est, selon lui, de créer une société sans pouvoir, résignée, composée d'individus craintifs et moralement corrompus. Derrière cette analyse, il démontre la force de la résistance morale et de la vie. Son essai a un impact non seulement chez les dissidents tchécoslovaques, mais aussi dans les mouvements d'opposition des autres pays « socialistes ».
En novembre 1989, à cause de ses séjours en prison, Václav Havel est un dissident très connu de l'opinion publique et est spontanément placé par la foule à la tête du mouvement « forum civique », une association unie des mouvements d'opposition et d'initiative démocratique. Sa présence et ses interventions dans les manifestations attirent des foules de plus en plus nombreuses. Il devient alors un personnage clé de la Révolution de velours.
En décembre 1989, Václav Havel est investi par un courant d'opinion unanime et n'a aucune difficulté à évincer l'ancien secrétaire général du PC Alexander Dubček, qui devra se contenter de la présidence de l'Assemblée fédérale. Après la démission du président Gustáv Husák, Havel est alors élu président intérimaire de la Tchécoslovaquie, par l'Assemblée fédérale, composée pourtant à 80% de députés communistes, en attendant les élections parlementaires. Le nouveau président n'envisageait pas du tout l'accès à ce poste les jours précédant la chute du régime et dut se faire un peu prier. Il finit par accepter cette fonction à titre intérimaire : aussi, son mandat devait expirer 40 jours après les premières élections parlementaires libres qui devaient suivre. Mais comme Havel l'a lui-même rappelé : « l'intérim a duré 13 ans » : les parlementaires élus démocratiquement le reconduisent à la présidence de la république en juillet 1990. Václav Havel est ainsi l'un des très rares hommes d'État à avoir accédé au pouvoir sans l'avoir voulu.
Comme président de la République fédérale tchèque et slovaque, il rencontre très vite tous les chefs des États européens, ainsi que les présidents des États-Unis, de l'URSS et de nombreux autres pays. Son action sur la scène internationale permet au pays d'avoir de nouvelles relations avec l'extérieur. En politique intérieure, Václav Havel a conduit les changements démocratiques dans l'administration du pays et dans la démocratisation de la société. Il est reconnu comme un président non partisan et comme une autorité essentielle sur la scène politique ainsi que dans les relations entre Tchèques et Slovaques. Le 20 juillet 1992, il démissionne de sa fonction de président lorsque la partition entre Tchèques et Slovaques devient inéluctable, partition à laquelle il était opposé5. Après son retrait, il délaisse la vie publique pendant deux mois. En septembre 1992, il tombe d'accord avec la suggestion du gouvernement, que le président soit élu par les deux chambres du Parlement, qu'il ne puisse pas être révoqué par celui-ci, et qu'il ait le droit de le dissoudre. En janvier 1993, Václav Havel est élu premier président de la République tchèque indépendante. Gros fumeur, il est opéré en 1996 d'un cancer du poumon dont il se rétablit5. Il est réélu en 1998. En 2003, Václav Klaus lui succède.
Si à l’étranger, il bénéficie d’une grande popularité, dans son pays, son étoile palit un peu5. Les Tchèques lui reprochent un peu son remariage rapide après la mort de sa femme Olga (en 19964), avec Dagmar, une actrice dix-sept ans plus jeune que lui5, ainsi que la récupération d'une grande partie de l'important patrimoine immobilier confisqué à sa famille par les communistes.
En novembre et décembre 2006, Havel passe huit semaines aux États-Unis pendant lesquelles il donne des conférences et des cours magistraux à l'université Columbia et participe à un entretien public avec l'ancien président Bill Clinton. À la suite de ce séjour, il publie un recueil d'entretiens avec Karel Hvížďala, qui s'intitule À vrai dire (prosím stručně) et qui se présente comme ses mémoires.
En 2007, il publie A vrai dire ... livre de l'après-pouvoir (Odcházení), une pièce sur l'abandon du pouvoir. Tout d'abord prévue pour le Théâtre national, elle est finalement proposée au théâtre de Vinohrady où joue Dagmar Havlová, la femme de l'ancien président.
En octobre 2010, après l'attribution du prix Nobel de la paix au Chinois Liu Xiaobo, Václav Havel déclare : « Liu Xiaobo est exactement ce citoyen engagé à qui une telle récompense appartient à juste titre... Je suis très satisfait qu'il soit le premier Chinois de l'Histoire à le recevoir... Je voudrais à nouveau saluer la naissance de la Charte 08 et tous ses signataires et leurs familles».
De santé fragile, il connait des problèmes pulmonaires, suite d'une pneumonie mal soignée pendant ses années de prison et de son cancer du poumon en 1996. Il souffrait de bronchite chronique et de problèmes cardiaques.
En mars 2011, il est hospitalisé et est contraint de rester les mois suivants dans sa maison de campagne, à 150 km de Prague, dont il sortait peu. Il trouve tout de même la force de rencontrer le dalaï-lama de passage à Prague, et de signer une pétition pour que l'opposition russe s'unisse contre Vladimir Poutine, après les élections controversées du 4 décembre. Il meurt le 18 décembre 2011, dans sa maison de campagne de Hradecek, située à 150 km de Prague.
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Citations
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« L'indépendance n'est pas un état de choses. C'est un devoir11. »
« La sauvegarde de notre monde humain n'est nulle part ailleurs que dans le cœur humain, la pensée humaine, la responsabilité humaine. »
« L'élément tragique pour l'homme moderne, ce n'est pas qu'il ignore le sens de sa vie, c'est que cela le dérange de moins en moins. »
Il est membre honoraire du Club de Rome et membre d'honneur du Club de Budapest dont il fut le premier à recevoir le prix Conscience planétaire en 1996.
L'une des premières décisions du président Havel au printemps 1990, fut de nommer comme ambassadeur à Moscou, le fils de l'ancien secrétaire général du Parti communiste tchécoslovaque, Rudolf Slánský, pendu en 1952, sur pression de Staline, le dissident Rudolf Slánský fils. La presse de Prague qualifia cette décision de meilleur exemple de l'humour tchèque.
Quand le pape Jean-Paul II vint en visite officielle à Prague, juste après la Révolution de Velours, le président Havel, pourtant catholique non-pratiquant, se confessa à lui et cette démarche, très personnelle, fut révélée par le communiqué officiel.
Le groupe Toy Matinee avec Kevin Gilbert et Patrick Leonard lui ont dédié une chanson dans leur premier album sorti en 1991 : Remember My name.
Samuel Beckett lui dédie sa pièce Catastrophe.
Il fut proche de Frank Zappa, qui soutint dès le début la dissidence tchèque. Son premier ministre d'alors et futur successeur Vaclav Klaus lui reprocha d'avoir envoyé des condoléances le jour de la mort du guitariste, alors que des grands hommes tchèques meurent chaque jour sans tant d'honneur.
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Récompenses internationales
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1981 : prix Plaisir du théâtre
1986 : prix Érasme
1989 : prix Olof Palme
Prix Simón Bolívar
1990 : grand-croix de la Légion d'honneur, de la France
1990 : prix UNESCO des droits de l'Homme
1991 : prix international Charlemagne d'Aix-la-Chapelle
1991 : prix Sonning
1993 : prix Theodor Heuss
1996 : prix Conscience planétaire, décerné par le Club de Budapest
Médaille présidentielle de la liberté
2003 : officier de l'ordre du Canada
Chevalier grand-croix au grand cordon de l'ordre du Mérite, de la République italienne
2004 : le Prix Lumière de la vérité
2007 : docteur honoris causa, de l'université de Liège
2009 : docteur honoris causa, de l'Institut d'études politiques de Paris
2010 : prix Franz Kafka de littérature, délivré par la Société Franz Kafka de Prague
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Bibliographie
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Œuvres dramatiques
Pièce en un acte : l'Audience 1975, Vernissage 1975, Pétition 1978
Pièce en quatre tableaux : Fête en plein air 1963 (traduction de François Kérel)
Pièce en cinq tableaux : L'Hôtel des Cimes 1976 (ISBN 978-2-0707-2926-5), Assainissement 1987
Pièce en sept tableaux : Largo desolato 1984 (ISBN 978-2-0707-0559-7)
Pièce en dix tableaux : Tentations 1985 (ISBN 978-2-0707-2409-3)
Pièce en douze tableaux : Le Rapport dont vous êtes l'objet 1965 (ISBN 978-2-0707-2582-3 et 978-2-7498-0070-7)
Pièce en quatorze tableaux : La Grande roue, 1974, Avant Scène Théatre no 803 (ISBN 978-2-0707-0991-5 et 2-0707-0991-4), (ISBN 978-2-7498-0251-0)
Autres pièces : L'Opéra de quat'sous 1972
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Essais traduits en français
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1978 : Le Pouvoir des sans-pouvoir
1980 : Tentative de vivre dans la vérité
1983 : Les Lettres à Olga (ISBN 978-2-8767-8048-4)
1984 : Pour l’identité humaine
1997 : Il est permis d'espérer, Calmann-Lévy, Collection « Liberté de l'esprit » (ISBN 978-2-7021-2796-4 et 2-7021-2796-7)
1998 : L'Angoisse de la liberté
2003 : Pour une politique post-moderne (ISBN 978-2-8767-8505-2)
2007 : L'amour et la vérité doivent triompher de la haine et du mensonge
2007 : À vrai dire... : Livre de l'après-pouvoir (entretiens avec avec Karel Hvizd'ala, réalisés en 2006, traduits par Jan Rubès), Éditions de l'Aube, Collection « Document », 435 pages (ISBN 978-2-7526-0303-6 et 2-7526-0303-7); 2008 (ISBN 978-2-7526-0501-6)
2007 : Regards sur la France, ouvrage collectif, Seuil (ISBN 978-2-0205-7273-6)
Le cauchemar du monde post-communiste (avec Joseph Brodsky) (ISBN 978-2-9098-4811-2 et 2-9098-4811-6)
Le printemps tchécoslovaque 1968 (François Fejtö, Jacques Rupnik, Vaclav Havel, Pavel Tigrid, Collectif) (ISBN 978-2-8048-0151-9 et 2-8048-0151-9)
Sur l'Europe (avec François Mitterrand) (ISBN 2-8767-8072-9)
Le Château de Prague et ses trésors d'art (Thomas Vlcek, Prince C. Schwarzenberg, Ivo Hlobil, Vaclav Havel) (ISBN 2-8504-7163-1)
Essais politiques (ISBN 2-0201-2896-9 et 2-7021-1827-5)
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Ouvrages sur Václav Havel
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Geneviève Even-Granboulan, Vaclav Havel, président philosophe, Éditions Aube, 2003
Eda Kriseová, Václav Havel : la biographie (ISBN 978-2-8767-8067-5)
Friedrich Dürrenmatt, Pour Vaclav Havel (discours, traduit par G. Musy), coédition Aube, 40 pages, 1990 (ISBN 978-2-8818-2244-5); postface de Wilfred Schiltknecht, collection « MiniZoé », no 13, 32 pages, 1995 (ISBN 2-8818-2244-4)
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