Biographie
Léon Gaumont est un industriel français, né le 10 mai 1864 à Paris et mort le 9 août 1946 à Sainte-Maxime. Léon Gaumont est un pionnier mondial de l'industrie cinématographique et le fondateur de la société Gaumont, la plus ancienne entreprise du cinéma toujours en activité. Il a joué un rôle déterminant dans l'industrialisation du 7e art en concevant et commercialisant des appareils de prise de vues et de projection dès 1895. Visionnaire de la technologie cinématographique, il a consacré sa vie au développement du cinéma sonore avec le Chronophone et de la couleur avec le Chronochrome. Il a créé le studio des Buttes-Chaumont et la salle du Gaumont-Palace à Paris, qui est devenue la plus grande salle de cinéma du monde en 1911. En engageant la réalisatrice Alice Guy puis Louis Feuillade, il a structuré la production de films de fiction et imposé le cinéma français sur la scène internationale.
Léon Gaumont naît le 10 mai 1864 à Paris, dans le 11e arrondissement. Fils de Auguste Gaumont, cocher, et de Marie-Louise Dupurchai, cuisinière, il grandit dans un milieu modeste. Il effectue ses études secondaires au collège Sainte-Barbe à Paris en tant que boursier. Passionné très tôt par les sciences appliquées, l'optique et la mécanique, il doit interrompre sa scolarité régulière à l'âge de seize ans pour subvenir à ses besoins. Il continue toutefois d'enrichir ses connaissances théoriques et techniques en assistant le soir aux cours publics du Conservatoire national des arts et métiers, ainsi qu'aux conférences de la Société française de navigation aérienne.
En 1881, il entre comme apprenti puis comme employé au sein des ateliers de Jules Carpentier, constructeur d'instruments de précision et de matériel d'optique. Cette période de formation auprès de Carpentier lui permet d'acquérir une rigueur scientifique et industrielle fondamentale. Il y observe le fonctionnement des mécanismes de haute précision, les processus d'usinage et la gestion d'un atelier de fabrication d'équipements scientifiques.
Après son service militaire accompli de 1884 à 1885 dans le génie, il réintègre le secteur de la construction optique et photographique. En 1893, il est engagé comme chef des ventes au Comptoir général de photographie, entreprise gérée par Félix Richard et spécialisée dans la distribution de matériel photographique et de produits chimiques. L'établissement traverse alors des difficultés financières liées à des litiges de brevets et à une gestion commerciale chancelante.
Face aux réticences de Félix Richard à investir dans les technologies émergentes d'enregistrement du mouvement, Léon Gaumont décide de racheter l'affaire. Le 10 août 1895, il constitue la société L. Gaumont et Cie. Pour réunir le capital nécessaire de 200 000 francs, il s'associe à des personnalités fortunées et influentes, notamment l'ingénieur Gustave Eiffel, le géologue et alpiniste Joseph Vallot, ainsi que l'investisseur Alfred Besnier. L'entreprise reprend les actifs du Comptoir général de photographie et s'installe rue Saint-Roch à Paris.
Dès la fin de l'année 1895, Léon Gaumont saisit l'importance des travaux sur la décomposition et la restitution du mouvement. Il entre en relation avec Georges Demenÿ, ancien préparateur d'Étienne-Jules Marey, qui a mis au point le phonoscope et tente d'exploiter le chronophotographe à bande perforée. En novembre 1895, Gaumont acquiert les brevets de Demenÿ. L'appareil commercialisé au début de l'année 1896 sous le nom de "Chronophotographe Demenÿ-Gaumont" utilise des bandes non perforées de 60 mm de largeur. Malgré la qualité optique du système, le mécanisme à came excentrique s'avère imparfait et subit la concurrence directe du Cinématographe des frères Lumière, qui emploie le format perforé de 35 mm.
Conscient de la nécessité de proposer des bandes animées pour vendre ses appareils de projection, Léon Gaumont autorise sa secrétaire, Alice Guy, à réaliser de courts films d'entraînement et de démonstration. En 1896, Alice Guy réalise "La Fée aux choux", considéré comme l'un des premiers films de fiction de l'histoire du cinéma. Elle devient la première directrice de production de la société et supervise la création cinématographique du studio pendant plus de dix ans.
Entre 1897 et 1899, Léon Gaumont adapte son matériel aux standards du marché. Il abandonne le format 60 mm au profit du format 35 mm à perforations Edison et dote ses appareils du mécanisme à croix de Malte, garantissant une meilleure stabilité de l'image et réduisant l'usure des films. Il fait déposer la marque "L.G." figurant sur un logo en forme de marguerite, hommage au prénom de sa mère. Pour faire face à l'accroissement des commandes, il fait construire de nouveaux ateliers et des studios de prise de vues à la Cité Elgé, sur les hauteurs des Buttes-Chaumont dans le 19e arrondissement de Paris.
À partir de 1900, Léon Gaumont consacre d'importants moyens de recherche à l'aboutissement du cinéma sonore et du cinéma en couleurs. Lors de l'Exposition universelle de Paris en 1900, il présente ses équipements de projection et fait part de ses recherches sur la synchronisation du phonographe et du projecteur. En novembre 1902, il dépose un brevet pour le Chronophone, un dispositif couplant mécaniquement un phonographe à cylindre ou à disque avec un projecteur cinématographique par l'intermédiaire d'un système d'asservissement électrique. Les enregistrements de sons et de voix, appelés "phonoscènes", sont tournés dans les studios des Buttes-Chaumont. Des centaines de phonoscènes sont produites entre 1902 et 1914, restituant des airs d'opéra, des chansons populaires et des monologues comiques.
Le 30 novembre 1906, la société en nom collectif L. Gaumont et Cie est transformée en société anonyme sous la dénomination de Société des Établissements Gaumont, au capital de 2,5 millions de francs. Léon Gaumont en assure la direction générale. La société structure ses activités autour de trois axes principaux : la construction d'appareils de prise de vues et de projection, la fabrication de pellicule et de produits chimiques, et la production ainsi que la distribution de films.
Entre 1906 et 1910, Gaumont développe un réseau mondial de filiales commerciales et de comptoirs de distribution. Des succursales sont ouvertes à Londres, New York, Berlin, Saint-Pétersbourg, Barcelone et Milan. Pour alimenter ce réseau en métrages, Léon Gaumont nomme le réalisateur Louis Feuillade au poste de directeur artistique en 1907, en remplacement d'Alice Guy partie s'installer aux États-Unis. Sous la direction de Feuillade, la production de la firme s'accroît considérablement, se caractérisant par la fabrication de séries télévisuelles avant la lettre, telles que "Fantômas" (1913-1914) et "Les Vampires" (1915-1916), qui remportent un succès commercial massif.
En parallèle de la production cinématographique, Léon Gaumont poursuit la politique d'intégration verticale de son entreprise. En 1911, il rachete l'Hippodrome de Montmartre, situé place Clichy à Paris, et le transforme en une salle de cinéma géante de 3 400 places. Inauguré sous le nom de Gaumont-Palace, cet établissement devient la plus grande salle de cinéma du monde et constitue la vitrine prestige du groupe pour la diffusion de ses productions.
Sur le plan technique, les chercheurs des laboratoires Gaumont mettent au point en 1912 le procédé "Chronochrome". Il s'agit d'un système de cinéma en couleurs naturelles basé sur la synthèse additive trichrome, utilisant une caméra à trois objectifs superposés équipés de filtres colorés (rouge, vert, bleu) et un projecteur correspondant. Présenté devant l'Académie des sciences de Paris en décembre 1912, le Chronochrome offre une restitution fidèle des couleurs, mais sa complexité matérielle, le coût élevé des tirages et les exigences de réglage lors des projections en restreignent la commercialisation à grande échelle.
Le déclenchement de la Première Guerre mondiale en août 1914 interrompt brutalement l'expansion internationale de l'entreprise. Les usines de la Cité Elgé sont en partie réquisitionnées par le gouvernement français et réorientées vers la fabrication d'équipements d'optique militaire, d'appareils de photographie aérienne et de matériel de précision pour le ministère de la Guerre. La production de films d'actualités et de documentaires militaires remplace une grande partie de la production de fiction. Le marché international du film s'effondre pour les sociétés françaises, laissant le champ libre à l'émergence des studios américains de Hollywood.
À la fin du conflit en 1918, la Société des Établissements Gaumont doit faire face à de lourdes difficultés financières. Les marchés d'Europe de l'Est et de Russie sont perdus à la suite de la révolution de 1917, et l'industrie cinématographique américaine domine désormais la distribution mondiale. Léon Gaumont tente de restructurer l'entreprise et de moderniser le parc de matériels. Il conclut des accords de distribution avec des partenaires étrangers, mais le coût des investissements technologiques pèse lourdement sur la trésorerie.
Durant les années 1920, la concurrence du cinéma sonore enregistrant le son directement sur la pellicule (procédés "sound-on-film") rend obsolète le système du Chronophone à disque. Gaumont cherche à développer un système propriétaire de son optique en collaborant avec les ingénieurs Petersen et Poulsen (procédé Gaumont-Petersen). Toutefois, les retards de mise au point et l'imposition rapide des standards américains Western Electric et RCA Tobis rendent ces efforts insuffisants pour contrer l'hégémonie industrielle des firmes des États-Unis.
En 1929, constatant l'impossibilité de rivaliser financièrement avec les conglomérats américains sans un adossement bancaire majeur, et faisant face à des tensions au sein du conseil d'administration, Léon Gaumont décide de se retirer progressivement des affaires. La société subit une profonde réorganisation financière. En 1930, elle fusionne avec d'autres structures pour former la Gaumont-Franco-Film-Aubert (GFFA). Léon Gaumont démissionne de son poste de administrateur-délégué et abandonne toute responsabilité opérationnelle au sein de l'entreprise qu'il a fondée.
Léon Gaumont se retire dans sa propriété de Sainte-Maxime, dans le Var, où il se consacre à l'écriture de mémoires techniques, au classement de ses archives personnelles et à la rédaction de monographies sur l'histoire de la photographie et de l'optique. Il maintient une correspondance régulière avec des historiens et des scientifiques pour défendre la primauté de ses inventions et la contribution des chercheurs français aux débuts de l'industrie cinématographique.
Léon Gaumont est mort le samedi 10 août 1946, à l'âge de 82 ans , des suites d'une longue maladie, à Sainte-Maxime (France). Il est inhumé au cimetière de Belleville à Paris, dans le 20e arrondissement.