Biographie
Charles Josselin, né le 31 mars 1938 à Pleslin-Trigavou (Côtes-du-Nord, Bretagne) et mort le 1er septembre 2026, est un homme politique français. Charles Josselin est principalement connu comme une figure majeure du socialisme breton, ayant présidé le conseil général des Côtes-d'Armor pendant 21 ans (1976-1997). C'est sous sa présidence que le département a officiellement abandonné son ancienne appellation de "Côtes-du-Nord" en 1990 pour adopter celle de "Côtes-d'Armor". Sur le plan national, il a occupé le poste de secrétaire d'État aux Transports maritimes, terrestres et fluviaux au début des années 1990, participant notamment à la mise en œuvre du permis à points. Il a ensuite marqué la diplomatie française sous le gouvernement Jospin en tant que ministre délégué à la Coopération et à la Francophonie de 1997 à 2002. À ce titre, il a conduit la réforme intégrant l'ancien ministère de la Coopération au ministère des Affaires étrangères afin de moderniser les relations postcoloniales et l'aide au développement.
Charles Josselin naît le 31 mars 1938 à Pleslin-Trigavou, dans le département des Côtes-du-Nord, devenu ultérieurement les Côtes-d'Armor. Issu d'un milieu modeste ancré dans la terre bretonne, il grandit dans un environnement rural marqué par les traditions locales et le sens de l'engagement communautaire. Il effectue ses études secondaires avant de poursuivre un cursus universitaire supérieur à Rennes puis à Paris. Il intègre l'Institut d'études politiques de Paris, dont il sort diplômé, tout en décrochant une licence en droit et un diplôme d'études supérieures en sciences économiques. Cette formation académique solide lui permet de maîtriser les rouages administratifs, financiers et juridiques qui structurent l'action publique moderne. Dès sa jeunesse étudiante, il s'engage dans les mouvements associatifs et syndicaux, observant de près les mutations industrielles et agricoles qui bouleversent la Bretagne durant les Trente Glorieuses.
Il commence son parcours professionnel au début des années 1960 au sein d'institutions bancaires et d'organismes de développement économique. Il travaille notamment comme chargé d'études économiques à la Banque française du commerce extérieur, puis rejoint des structures de coopération intercommunale et d'aménagement du territoire. Parallèlement, il adhère aux idées socialistes et s'implique dans les réseaux de la gauche non communiste, dans le sillage de la Convention des institutions républicaines animée par François Mitterrand. Le congrès d'Épinay en 1971 constitue un tournant majeur pour son engagement partisan. Il y soutient activement la stratégie d'union de la gauche et s'impose rapidement comme une figure montante du nouveau Parti socialiste en Bretagne, un territoire historiquement dominé par le conservatisme et la démocratie chrétienne mais alors en pleine effervescence sociologique et politique.
Aux élections législatives de mars 1973, Charles Josselin se présente dans la 2e circonscription des Côtes-du-Nord, centrée sur le secteur de Dinan. Contre toute attente, dans ce bastion traditionnel de la droite gaulliste, il l'emporte au second tour face au député sortant et devient parlementaire à l'âge de 35 ans. À l'Assemblée nationale, il rejoint le groupe socialiste et s'investit particulièrement sur les questions financières, maritimes et d'aménagement régional. Il met en lumière les difficultés du monde de la pêche, les besoins en désenclavement ferroviaire et routier de la péninsule bretonne, ainsi que les disparités de dotations entre les métropoles et les zones rurales. Malgré son dynamisme, le reflux politique relatif de la gauche lors des élections législatives de mars 1978 lui coûte son siège de député, battu d'une courte tête par le candidat de la majorité présidentielle de Valéry Giscard d'Estaing.
Cette défaite nationale est toutefois largement compensée par son enracinement local. Dès 1973, il avait été élu conseiller général du canton de Pleslin-Trigavou. En mars 1976, bénéficiant du basculement progressif de la Bretagne vers le socialisme, la gauche remporte la majorité au Conseil général des Côtes-du-Nord, et Charles Josselin en est élu président. C'est le début d'un mandat départemental exceptionnellement long qui va durer 21 années consécutives, de 1976 à 1997. À la tête du département, il met en œuvre une politique ambitieuse de modernisation des infrastructures, de soutien à l'agriculture paysanne, de développement du réseau routier départemental et de protection des espaces naturels littoraux. Il accorde également une attention constante aux affaires municipales : élu maire de Pleslin-Trigavou en 1977, il conserve ce mandat jusqu'en 1997, maintenant un lien direct et quotidien avec les réalités de sa commune natale.
À la fin des années 1970, il s'intéresse également à l'échelon européen. En juin 1979, lors des 1res élections du Parlement européen au suffrage universel direct, il figure sur la liste conduite par François Mitterrand et est élu député européen. À Strasbourg et Bruxelles, il siège au sein du groupe socialiste et concentre ses travaux sur la politique régionale communautaire, les aides aux zones périphériques maritimes et la gestion des ressources halieutiques. Il s'oppose fermement aux excès de la centralisation technocratique européenne tout en défendant la nécessité d'une solidarité financière entre les régions prospères du cœur industriel européen et les zones littorales ou rurales de l'Ouest.
La victoire de François Mitterrand à l'élection présidentielle de mai 1981 redistribue les cartes du pouvoir en France. Dans la foulée de la dissolution de l'Assemblée nationale, Charles Josselin reconquiert son siège de député de la 2e circonscription des Côtes-du-Nord en juin 1981, démissionnant de fait de son mandat européen pour se consacrer à la politique nationale et départementale. Durant les 1res années du septennat socialiste, il est l'un des piliers du groupe parlementaire socialiste à l'Assemblée, où il rapporte des textes budgétaires et participe activement aux débats fondateurs sur la décentralisation initiés par Gaston Defferre en 1982. En tant que président de conseil général, il devient un praticien direct de ces réformes qui transfèrent l'exécutif départemental des préfets aux présidents élus, faisant des Côtes-du-Nord un laboratoire de cette autonomie territoriale retrouvée.
Son sérieux technique et sa capacité de dialogue incitent l'exécutif à faire appel à lui au gouvernement. En novembre 1985, le président François Mitterrand et le Premier ministre Laurent Fabius le nomment secrétaire d'État auprès du ministre de l'Urbanisme, du Logement et des Transports, chargé des Transports. Bien que son passage dure moins de 5 mois en raison de la défaite de la gauche aux législatives de mars 1986, il impulse plusieurs chantiers sur la sécurité routière et la gestion portuaire. Lors du scrutin législatif proportionnel de 1986, il conserve son mandat de député des Côtes-du-Nord, siégeant dans l'opposition durant la 1re cohabitation menée par Jacques Chirac.
Après la réélection de François Mitterrand en mai 1988 et le retour d'une majorité socialiste à l'Assemblée, Charles Josselin est réélu député uninominal de Dinan en juin 1988. Il préside la commission d'enquête sur les conditions d'évacuation de la population lors de la catastrophe de Tchernobyl, puis est élu président de la délégation de l'Assemblée nationale pour les Communautés européennes. Il y accomplit un travail rigoureux de suivi législatif des directives de Bruxelles, veillant à ce que le Parlement français ne soit pas dessaisi de ses prérogatives de contrôle sur les normes européennes.
En mai 1991, Édith Cresson accède à Matignon et appelle Charles Josselin au gouvernement en qualité de secrétaire d'État à la Mer. À ce poste taillé pour ses compétences et ses affinités maritimes, il doit affronter des crises récurrentes liées aux quotas de pêche, aux grèves des marins-pêcheurs bretons et normands et aux revendications sociales des marins du commerce. Il s'attache à préserver la sécurité maritime, renforce les moyens de secours côtiers et défend les intérêts de la flottille artisanale française face à la concurrence des flottes industrielles étrangères. Lorsque Pierre Bérégovoy remplace Édith Cresson en avril 1992, le portefeuille de Charles Josselin est élargi : il devient secrétaire d'État aux Transports maritimes, terrestres et fluviaux, fonction qu'il occupe jusqu'en mars 1993. Durant cette période intense, il supervise la mise en place du permis à points, mesure impopulaire mais capitale pour la réduction de la mortalité sur les routes françaises, et gère de difficiles négociations salariales au sein de la SNCF et de la RATP.
La déroute de la gauche aux élections législatives de mars 1993 entraîne la nomination d'Édouard Balladur à Matignon et voit Charles Josselin perdre son siège de député face au candidat du RPR René Benoît. Il se replie alors sur ses responsabilités locales et départementales. Toujours président du Conseil général des Côtes-d'Armor, il continue d'imprimer sa marque sur le territoire par une politique d'aménagement solidaire, soutenant l'enseignement public, les collèges, la recherche agronomique à Saint-Brieuc et Lannion, ainsi que les infrastructures numériques naissantes. En 1995, à la mort de François Mitterrand et lors de la campagne présidentielle de Lionel Jospin, il soutient activement ce dernier, consolidant sa position parmi les cadres respectés du courant réformiste et modéré du Parti socialiste.
En juin 1997, suite à la dissolution surprise de l'Assemblée nationale décidée par Jacques Chirac, Charles Josselin reprend la circonscription de Dinan au second tour. Lionel Jospin devient Premier ministre du gouvernement de la 3e cohabitation et le nomme immédiatement secrétaire d'État auprès du ministre des Affaires étrangères, Hubert Védrine, chargé de la Coopération. L'année suivante, en février 1998, son titre évolue vers celui de secrétaire d'État à la Coopération et à la Francophonie, un poste de 1er plan qu'il va conserver pendant 5 années consécutives, jusqu'en mai 2002. Pour se conformer à la règle de non-cumul des mandats édictée par Lionel Jospin, il renonce en novembre 1997 à la présidence du Conseil général des Côtes-d'Armor après 21 ans d'exercice, passant le relais à son fidèle collègue Claudy Lebreton.
Son action au Quai d'Orsay marque profondément l'administration diplomatique française. Charles Josselin conduit la réforme historique qui met fin à l'ancien ministère de la Coopération autonome, souvent associé aux réseaux opaques de la Françafrique, pour l'intégrer pleinement dans l'organigramme du ministère des Affaires étrangères. Il supervise la création de la Direction générale de la coopération internationale et du développement et redéfinit la doctrine française d'aide au développement en instaurant la Zone de solidarité prioritaire, recentrant l'aide publique sur la lutte contre la pauvreté, la bonne gouvernance, l'éducation primaire et l'accès à l'eau potable. Il effectue de multiples déplacements en Afrique subsaharienne, plaidant pour une relation bilatérale désinhibée, débarrassée du paternalisme postcolonial et fondée sur des partenariats institutionnels transparents. Il soutient activement les processus de démocratisation, notamment au Bénin, au Mali ou au Sénégal, tout en accompagnant les efforts de paix dans la région des Grands Lacs et en Afrique de l'Ouest.
Sur le front de la francophonie, il s'emploie à promouvoir la diversité linguistique et culturelle dans les instances multilatérales face à l'hégémonie de l'anglais. Il prépare et participe aux grands sommets francophones de Moncton en 1999 et de Beyrouth, tissant des liens étroits avec Boutros Boutros-Ghali, alors secrétaire général de l'Organisation internationale de la Francophonie. Il s'efforce de faire de la francophonie un vecteur d'échanges éducatifs, scientifiques et économiques, et non un simple conservatoire nostalgique de la langue française.
Après le choc du 21 avril 2002 et l'élimination de Lionel Jospin au 1er tour de l'élection présidentielle, Charles Josselin quitte le gouvernement en mai 2002. Lors des législatives qui suivent en juin, il ne se représente pas à la députation, laissant son suppléant briguer le siège. Il décide alors d'orienter sa fin de carrière politique vers le Sénat. En septembre 2006, il est élu sénateur des Côtes-d'Armor. Au palais du Luxembourg, il rejoint la commission des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées, où il continue de faire entendre son expertise sur les relations Nord-Sud, le maintien de la paix, la crise financière internationale et les équilibres géopolitiques maritimes. Il siège au Sénat jusqu'en septembre 2008, date à laquelle il choisit de ne pas renouveler son mandat et de se retirer de la vie électorale active après 35 ans d'engagement parlementaire et exécutif.
Retiré à Pleslin-Trigavou, Charles Josselin ne s'éloigne pas pour autant de la réflexion civique et culturelle. Il prend la présidence de l'association Cités unies France, une fédération qui regroupe les collectivités territoriales engagées dans la coopération décentralisée et la solidarité internationale avec des municipalités du monde entier. Il y met à profit son carnet d'adresses et son pragmatisme pour encourager le dialogue intercommunal par-delà les frontières, convaincu que la paix mondiale dépend autant des échanges entre territoires que de la diplomatie des États. Il consacre également son temps à l'écriture, à l'histoire locale de la Bretagne et à la mémoire des luttes sociales de sa région.
Tout au long de son existence, Charles Josselin aura incarné un modèle d'élu républicain complet, alliant une fidélité indéfectible à sa terre d'origine et une ouverture continue sur les grands enjeux internationaux. Son œuvre politique demeure indissociable de la modernisation économique et routière des Côtes-d'Armor, de l'essor maritime breton et de la rénovation de la politique étrangère française en matière de solidarité et de développement.
Charles Josselin est mort dans la nuit du lundi 31 août au mardi 1er septembre 2026, à l'âge de 88 ans.