Biographie
François Patriat, né le 21 mars 1943 à Semur-en-Auxois (Côte-d'Or) et mort le 19 août 2026 à Dijon (Côte-d'Or), est un homme politique français. François Patriat s'est d'abord fait connaître comme vétérinaire rural avant de devenir le spécialiste des questions agricoles et de chasse au Parlement et dans le gouvernement de Lionel Jospin. Il a marqué durablement la vie politique locale en présidant le conseil régional de Bourgogne de 2004 à 2015, mandat au cours duquel il a notamment soutenu l'inscription des Climats du vignoble au patrimoine mondial de l'UNESCO. Sur le plan national, il a été l'un des premiers parlementaires socialistes de premier plan à soutenir publiquement Emmanuel Macron dès le lancement d'En Marche en 2016. De 2017 à sa mort, il a présidé le groupe parlementaire de la majorité présidentielle au Sénat, s'imposant comme le relais stratégique incontournable du gouvernement au palais du Luxembourg. Son parcours est enfin réputé pour illustrer la transition politique d'un socialisme de terroir vers le macronisme et la coalition centrale sous la Ve République.
François Patriat naît le 21 mars 1943 à Semur-en-Auxois, dans le département de la Côte-d'Or. Fils d'un père médecin et d'une mère issue d'une famille d'éleveurs de l'Auxois, il grandit dans un environnement rural marqué à la fois par la tradition agricole locale et l'exercice des professions libérales. Après ses études secondaires, il s'oriente vers des études vétérinaires. Il intègre l'École nationale vétérinaire d'Alfort, d'où il sort diplômé en 1968. Il s'installe ensuite comme praticien vétérinaire en milieu rural à Précy-sous-Thil, au cœur de sa région natale, où il exerce pendant près de 20 ans auprès des éleveurs de bovins charolais. Cette activité de terrain lui confère une connaissance directe des réalités agricoles et socio-économiques de la Bourgogne, ainsi qu'un premier ancrage local.
Son engagement politique débute au cours des années 1970. Séduit par le projet de refondation de la gauche mené par François Mitterrand, il adhère au Parti socialiste en 1974. Très vite, il cherche à transposer cet engagement au niveau local dans un département de la Côte-d'Or traditionnellement dominé par le centre-droit et la droite gaulliste. En 1976, il franchit le pas électoral en se présentant aux élections cantonales. Il est élu conseiller général dans le canton de Précy-sous-Thil, un mandat qu'il conserve sans interruption pendant plus de trois décennies, jusqu'en 2008. Cette victoire marque le point de départ d'une solide implantation dans l'arrondissement de Montbard.
Parallèlement à ses fonctions départementales, François Patriat devient conseiller municipal de Précy-sous-Thil à partir de 1977. Il accède à la mairie de cette commune en 1989 et conserve cette fonction d'édile jusqu'en 2000. Son influence grandissante dans l'ouest du département le propulse sur la scène législative nationale. À la suite de la victoire de François Mitterrand à l'élection présidentielle de 1981, une vague rose submerge le pays lors des élections législatives. Candidat dans la 3e circonscription de la Côte-d'Or, François Patriat est élu député le 21 juin 1981 face au candidat de la majorité sortante.
À l'Assemblée nationale, François Patriat se spécialise sur les dossiers agricoles, cynégétiques et ruraux. Il siège au sein de la commission de la production et des échanges, où ses compétences de vétérinaire sont régulièrement sollicitées. Il défend la modernisation des exploitations familiales tout en soutenant les réformes sociales de la première phase du septennat socialiste. En 1986, lors des élections législatives au scrutin proportionnel, il figure en tête de la liste socialiste pour la Côte-d'Or et conserve son siège au palais Bourbon. Il est réélu en 1988, après le retour au scrutin uninominal majoritaire à 2 tours consécutif à la réélection de François Mitterrand.
Durant cette période, François Patriat élargit ses responsabilités au niveau du département. En 1986, il devient président du conseil général de la Côte-d'Or, profitant d'une configuration politique locale favorable, mais cette présidence est de courte durée face aux équilibres politiques changeants de l'assemblée départementale. Il continue toutefois d'incarner l'opposition départementale de gauche.
Le début des années 1990 s'avère plus difficile sur le plan électoral. Lors des élections législatives de mars 1993, marquées par une sévère défaite de la majorité présidentielle socialiste sortante, il est battu dans la 3e circonscription de la Côte-d'Or par le candidat du Rassemblement pour la République, Lucien Brenot. Privé de son mandat national, il se replie sur ses bases bourguignonnes. Il consolide son action municipale à Précy-sous-Thil et son mandat au conseil général de la Côte-d'Or. Il s'investit également dans la gestion des espaces ruraux et du monde de la chasse, une passion qu'il pratique assidûment et qu'il élève au rang d'outil de politique publique et d'aménagement du territoire.
En 1997, la dissolution de l'Assemblée nationale décidée par le président Jacques Chirac offre à François Patriat l'occasion d'un retour au premier plan. Candidat socialiste dans la 3e circonscription de la Côte-d'Or, il remporte l'élection le 1er juin 1997 dans le cadre de la victoire de la gauche plurielle menée par Lionel Jospin. De retour au palais Bourbon, il s'impose comme une voix de référence sur les questions rurales et environnementales.
En 1998, le Premier ministre Lionel Jospin lui confie une mission parlementaire sur l'organisation de la chasse et la préservation de la biodiversité. Cette mission aboutit à la rédaction d'un rapport exhaustif qui sert de base à la loi du 26 juillet 2000 relative à la chasse, texte qui modernise l'organisation cynégétique française, réforme l'Office national de la chasse et fixe de nouveaux équilibres pour les dates d'ouverture et de fermeture de la chasse aux oiseaux migrateurs.
L'expertise de François Patriat et son profil ancré dans la ruralité conduisent le Premier ministre à l'intégrer au gouvernement lors d'un remaniement ministériel. Le 18 octobre 2000, il est nommé secrétaire d'État aux Petites et Moyennes Entreprises, au Commerce, à l'Artisanat et à la Consommation, placé auprès du ministre de l'Économie, des Finances et de l'Industrie, Laurent Fabius. Dans ce ministère, il travaille notamment à l'accompagnement du passage à l'euro fiduciaire pour les artisans et petits commerçants, à la simplification administrative et à la défense du commerce de proximité.
Le 25 février 2002, à quelques semaines de l'élection présidentielle, Jean Glavany démissionne de ses fonctions pour diriger la campagne présidentielle de Lionel Jospin. François Patriat lui succède en tant que ministre de l'Agriculture et de la Pêche. Bien que son passage rue de Varenne soit bref, s'étalant sur un peu plus de 2 mois jusqu'à la démission du gouvernement le 5 mai 2002, il gère les répercussions de crises sanitaires comme l'encéphalopathie spongiforme bovine et prépare les négociations communautaires de la Politique agricole commune.
L'élimination de Lionel Jospin dès le 1er tour de l'élection présidentielle de 2002 et la défaite de la gauche aux législatives suivantes touchent directement François Patriat. Candidat à sa réélection dans sa circonscription de Côte-d'Or en juin 2002, il est battu par la candidate de l'Union pour un mouvement populaire, Claude Darciaux. Après cette défaite, il décide de concentrer ses ambitions sur l'échelon régional.
Aux élections régionales de mars 2004, François Patriat mène la liste d'union de la gauche en Bourgogne contre la majorité de droite sortante emmenée par Jean-Pierre Soisson. Dans un scrutin national très favorable à la gauche, il l'emporte au second tour avec 52,5% des voix lors d'une triangulaire incluant le Front national. Le 2 avril 2004, il est officiellement élu président du conseil régional de Bourgogne.
À la tête de la région, François Patriat met en œuvre une politique axée sur le développement économique, le désenclavement ferroviaire avec le soutien à la LGV Rhin-Rhône, la valorisation de la filière viticole et agroalimentaire, ainsi que le renforcement des lycées et de l'enseignement supérieur dijonnais. En 2008, il renonce à son mandat de conseiller général de Précy-sous-Thil pour se consacrer pleinement à la région et à de nouvelles ambitions sénatoriales. En septembre 2008, il se présente aux élections sénatoriales en Côte-d'Or et est élu sénateur le 21 septembre. Au Sénat, il rejoint le groupe socialiste et s'investit au sein de la commission des affaires économiques.
Lors des élections régionales de mars 2010, François Patriat brigue un second mandat à la présidence de la région Bourgogne. Sa liste rassemble largement au second tour et s'impose avec 52,6% des suffrages face à la droite. Il est réélu président du conseil régional le 26 mars 2010. Au cours de ce mandat, il défend l'inscription des Climats du vignoble de Bourgogne au patrimoine mondial de l'UNESCO, un projet porté conjointement avec les professionnels de la filière viticole et la ville de Dijon, qui aboutit favorablement à l'été 2015.
En septembre 2014, François Patriat conserve son siège lors des élections sénatoriales, malgré un contexte politique national défavorable à la gauche sous la présidence de François Hollande. Parallèlement, la loi de modernisation de l'action publique territoriale et la réforme de la carte des régions imposent la fusion de la Bourgogne et de la Franche-Comté. François Patriat soutient activement cette fusion. Il fait le choix de ne pas briguer la présidence de la nouvelle région unifiée Bourgogne-Franche-Comté en 2015, laissant la tête de liste à Marie-Guite Dufay, alors présidente de la Franche-Comté, qui remporte le scrutin. François Patriat quitte la présidence de la région Bourgogne le 31 décembre 2015, après plus de 11 années à sa tête.
Libéré de son mandat exécutif régional, François Patriat concentre son activité sur le Sénat. Rapidement, il manifeste une prise de distance croissante avec la ligne officielle du Parti socialiste, déplorant les divisions internes entre la majorité gouvernementale et les députés dits frondeurs. Dès l'année 2015, il fait la connaissance d'Emmanuel Macron, alors ministre de l'Économie sous la présidence de François Hollande. Séduit par le positionnement réformateur, pro-européen et le dépassement des clivages traditionnels prôné par ce dernier, François Patriat s'engage très tôt à ses côtés.
Lorsque le mouvement En Marche est lancé en avril 2016, François Patriat devient l'un des premiers parlementaires et l'une des figures politiques majeures de premier plan à soutenir publiquement la démarche. Malgré les mises en garde et les réticences de ses camarades du Parti socialiste, il met son carnet d'adresses, sa connaissance des élus ruraux et son expérience politique au service du candidat. Durant la campagne présidentielle de 2017, il parcourt les territoires pour convaincre les élus locaux de parrainer Emmanuel Macron et pour constituer un réseau de soutiens parmi les parlementaires de centre-gauche et de centre-droit.
Au lendemain de la victoire d'Emmanuel Macron à l'élection présidentielle de mai 2017, François Patriat quitte le Parti socialiste et rejoint La République en marche. Au Sénat, il s'attelle immédiatement à la création d'un groupe parlementaire dédié au soutien de la majorité présidentielle dans une chambre haute largement dominée par la droite et le centre. Le 27 juin 2017, il est élu président du tout nouveau groupe La République en marche au Sénat, qui prendra plus tard le nom de groupe Rassemblement des démocrates, progressistes et indépendants.
À la tête de ce groupe minoritaire, fort initialement d'une vingtaine de membres, François Patriat s'impose comme un stratège politique et le principal relais institutionnel du gouvernement et de l'Élysée au palais du Luxembourg. Dans un Sénat présidé par Gérard Larcher, où les projets de loi de l'exécutif font face à une vive opposition de la majorité sénatoriale de droite, il s'emploie à négocier des compromis texte par texte, à défendre le programme présidentiel à la tribune et à faire entendre la voix de la majorité présidentielle lors des débats budgétaires, de la réforme du code du travail, des textes constitutionnels ou des réformes de l'assurance-chômage.
Son rôle d'intermédiaire s'accentue lors des différentes crises du premier quinquennat, notamment le mouvement des Gilets jaunes fin 2018 et la crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19 à partir de mars 2020. Dans ces contextes tendus, il conserve un accès direct et régulier au président de la République, avec lequel il échange de manière informelle mais continue sur le moral des élus locaux et la perception des réformes dans les territoires ruraux.
Lors du renouvellement sénatorial de septembre 2020, François Patriat mène la liste de la majorité présidentielle en Côte-d'Or. Malgré l'hostilité de la droite sénatoriale et de la gauche réunie, il parvient à conserver son siège de sénateur le 27 septembre 2020. Dans la foulée, il est reconduit à l'unanimité à la présidence du groupe sénatorial de la majorité présidentielle. Il poursuit son travail de cohésion de ce groupe, qui agrège d'anciens socialistes, des écologistes modérés, des centristes du Mouvement démocrate et d'anciens membres des Républicains ralliés à la politique présidentielle.
Durant la campagne présidentielle de 2022, il est à nouveau l'un des piliers opérationnels du dispositif d'Emmanuel Macron, se mobilisant pour sécuriser les parrainages d'élus et coordonner les actions des parlementaires de la majorité. Après la réélection d'Emmanuel Macron en avril 2022 et l'élection d'une Assemblée nationale où le camp présidentiel ne dispose que d'une majorité relative en juin 2022, le rôle du Sénat et du groupe dirigé par François Patriat gagne en importance. Le gouvernement cherche désormais de manière systématique des accords avec les forces de droite et de centre-gauche, faisant du dialogue sénatorial un passage obligé de la fabrication de la loi.
Au cours du second quinquennat, François Patriat pèse de tout son poids politique lors de l'examen de textes hautement controversés, en particulier la loi réformant les retraites au printemps 2023 et la loi relative à l'immigration à la fin de l'année 2023. Lors de ces débats, il manœuvre pour préserver l'unité de son groupe, divisé sur plusieurs dispositions durcies par la droite sénatoriale, tout en maintenant le dialogue avec les présidents de groupe de l'opposition pour parvenir à des commissions mixtes paritaires conclusives.
La dissolution de l'Assemblée nationale en juin 2024 et la séquence politique complexe qui s'ensuit confirment sa fidélité indéfectible au chef de l'État. Tout en admettant publiquement la difficulté du contexte pour le bloc central, il continue d'exercer ses fonctions de président du groupe RDPI au Sénat, s'efforçant d'arrimer les parlementaires macronistes à la nouvelle donne politique nationale et de faire barrage aux extrêmes.
En dehors des grands débats parisiens, François Patriat demeure très attaché à sa terre d'Auxois.
François Patriat est mort le mercredi 19 août 2026, à l'âge de 83 ans, d'un accident de vélo, au CHU de Dijon (France, dans les Côte-d'Or). Passionné de cyclisme sur route et de marche, il pratique régulièrement ces activités sportives sur les routes de Côte-d'Or, qu'il parcourt depuis plusieurs décennies. Le 17 juillet 2026, au cours d'une sortie solitaire à bicyclette dans les environs de Pouilly-en-Auxois, il est victime d'un accident de vélo de circulation grave, entraînant un traumatisme crânien sévère et de multiples fractures. Pris en charge en urgence par les services de secours, il est transporté dans un état critique au centre hospitalier universitaire Dijon-Bourgogne. Malgré des interventions chirurgicales et plusieurs semaines d'hospitalisation dans le service de réanimation, son état de santé ne s'améliore pas. François Patriat meurt le 19 août 2026 au CHU de Dijon, à l'âge de 83 ans. Sa disparition suscite de très nombreux hommages au sein de la classe politique française.