Biographie
Ratko Mladić (en serbe en écriture cyrillique : Ратко Младић), né le 12 mars 1942 à Božanovići (commune de Kalinovik, État indépendant de Croatie, aujourd'hui en Bosnie-Herzégovine) et mort le 27 août 2026 à La Haye (Pays-Bas) en prison, a été le commandant en chef de l'Armée de la république serbe de Bosnie (VRS) pendant la guerre de Bosnie entre 1992 et 1995. Ratko Mladić est principalement connu pour son rôle de commandant en chef de l'armée serbe de Bosnie durant la guerre de Bosnie-Herzégovine de 1992 à 1995. Surnommé le « boucher de Bosnie », il est le principal responsable militaire du siège de Sarajevo (1992-1996) ainsi que du massacre de Srebrenica en juillet 1995, où plus de 8 000 hommes et adolescents musulmans ont été exécutés. Après une cavale de 15 ans, il a été arrêté en 2011 et jugé par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY). En 2017, la justice internationale l'a condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l'humanité.
Ratko Mladić naît le 12 mars 1942 dans le village de Božanovići (1942), situé dans la municipalité de Kalinovik, alors intégrée à l'État indépendant de Croatie sous occupation allemande. Son père, Neđa Mladić, est un partisan engagé contre les forces oustachies et meurt au combat en 1945 alors que Ratko n'a que 3 ans. Élevé par sa mère Stana dans une région rurale et pauvre, le jeune Ratko grandit dans le culte des martyrs partisans et intègre très tôt les structures de jeunesse du régime socialiste yougoslave.
En 1961, il s'oriente vers la carrière des armes et rejoint l'école militaire préparatoire de Zemun. Il poursuit ses études à l'Académie militaire de l'Armée populaire yougoslave (JNA) à Belgrade (1965), dont il sort diplômé avec d'excellents résultats au sein du corps de l'infanterie. Il adhère à la même période au Ligue des communistes de Yougoslavie.
Sa carrière d'officier au sein de la JNA commence en 1965 à Skopje, en Macédoine. Il y gravit méthodiquement les échelons hiérarchiques. Le 25 décembre 1980, il est promu lieutenant-colonel. Il poursuit ensuite sa formation d'officier supérieur à l'École de commandement de l'armée de terre à Belgrade. Le 18 août 1986, il obtient le grade de colonel. Il est nommé chef du service de la préparation militaire de la 3e région militaire à Skopje le 31 janvier 1989.
Le basculement vers les conflits d'éclatement de la Yougoslavie s'opère le 14 janvier 1991, date à laquelle il est envoyé à Pristina, au Kosovo, pour commander le 52e corps dans un contexte de vives tensions ethniques. En juin 1991, alors que la guerre fait tache d'huile en Croatie, il est transféré d'urgence à Knin pour prendre la tête du 9e corps de la JNA. Il orchestre les opérations militaires de l'armée yougoslave contre les forces croates lors du siège de Kijevo et des combats autour de Zadar. Ses actions vigoureuses sur le terrain lui valent d'être promu général de brigade le 4 octobre 1991.
Au printemps 1992, le conflit s'étend à la Bosnie-Herzégovine qui vient d'invoquer son indépendance. Le 24 avril 1992, Ratko Mladić devient commandant de la 2e région militaire de la JNA basée à Sarajevo. Le 12 mai 1992, le parlement des Serbes de Bosnie crée l'Armée de la République serbe de Bosnie (VRS). Mladić est immédiatement nommé commandant de l'état-major principal de cette force armée autonome. Dès la création de la VRS, il met en œuvre une stratégie militaire violente visant à regrouper les territoires serbes et à purger les populations bosniaques et croates des zones revendiquées par Radovan Karadžić.
Le siège de Sarajevo (1992-1996) devient le théâtre principal des opérations de Mladić durant 3 ans et demi. Dès le mois de mai 1992, il ordonne l'encerclement de la capitale bosnienne et le pilonnage systématique de ses quartiers civils depuis les collines environnantes, déclarant ouvertement lors de communications radio interceptées de viser les zones peuplées par les Musulmans. Sous son commandement, des tirs d'artillerie et des snipers tuent plus de 10 000 civils à Sarajevo.
Sur le plan personnel, le général subit un traumatisme majeur en mars 1994 : sa fille Ana Mladić, étudiante en médecine à Belgrade âgée de 23 ans, se suicide avec le pistolet favori de son père. Les historiens suggèrent que ce geste est directement lié à la découverte par l'étudiante des exactions ordonnées par son père en Bosnie. Le 24 juin 1994, sur décision formelle de Slobodan Milošević, Mladić est élevé au rang de général de corps d'armée.
Au printemps 1995, la situation militaire se tend alors que la communauté internationale envisage des frappes aériennes. Entre le 26 mai et le 2 juin 1995, Mladić ordonne la prise en otage de plus de 200 casques bleus de l'Organisation des Nations unies. Les soldats internationaux sont enchaînés à des sites stratégiques pour servir de boucliers humains contre les bombardements de l'OTAN.
L'apogée des crimes imputés à Ratko Mladić survient en juillet 1995. Le 11 juillet 1995, les troupes de la VRS investissent la zone protégée par l'ONU de Srebrenica. Devant les caméras, Mladić rassure faussement la population civile avant de planifier méthodiquement le plus grand massacre commis sur le sol européen depuis la Seconde Guerre mondiale. Entre le 13 et le 19 juillet 1995, plus de 8 000 hommes et adolescents bosniaques musulmans sont séparés des femmes, exécutés sommairement et enterrés dans des fosses communes redéplacées par la suite pour dissimuler les preuves.
Le 25 juillet 1995, le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY), siégeant à La Haye, émet un premier acte d'accusation contre Ratko Mladić pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l'humanité. Malgré les accords de Dayton signés à la fin de l'année 1995 pour mettre fin au conflit, Mladić conserve son poste de commandant suprême de la VRS jusqu'au 8 novembre 1996, date à laquelle la présidente de la Republika Srpska, Biljana Plavšić, le démet officiellement de ses fonctions sous la pression de la communauté internationale. Un mandat d'arrêt international est émis à son encontre le 11 juillet 1996.
Débute alors une longue période de cavale de près de 15 ans. Bénéficiant dans un premier temps de la protection de l'armée et du régime de Slobodan Milošević, Mladić vit au grand jour à Belgrade, fréquentant les restaurants, les événements sportifs et séjournant dans des complexes militaires protégés jusqu'à la chute du régime serbe en 2000. À partir de 2001 et du transfert de Milošević à La Haye, la traque s'intensifie. Mladić entre dans une clandestinité totale, épaulé par un réseau restreint de soutiens ultranationalistes et de membres de sa famille.
Pendant une décennie, les gouvernements occidentaux font de la capture de Mladić une condition essentielle pour le rapprochement de la Serbie avec l'Union européenne. En octobre 2010, le gouvernement serbe porte la récompense pour toute information menant à sa capture à 10 millions d'euros. En mars 2011, la famille de Mladić tente d'entamer une procédure pour le faire déclarer légalement mort, arguant de sa santé précaire et de l'absence de signes de vie.
Le 26 mai 2011, les services de renseignement serbes arrêtent Ratko Mladić dans le village de Lazarevo, au nord de Belgrade. Il vit alors chez un cousin sous la fausse identité de Milorad Komadić. Très affaibli physiquement et souffrant de séquelles d'AVC non soignés, il est rapidement extradé. Le 31 mai 2011, il est transféré au centre de détention des Nations unies à La Haye-Schéveningue.
Sa première comparution devant le TPIY a lieu en juin et juillet 2011. Refusant de plaider coupable ou non coupable, le tribunal enregistre pour lui un plaidoyer de non-coupabilité pour 11 chefs d'inculpation, dont 2 chefs de génocide. Son procès s'ouvre formellement le 16 mai 2012. Il dure 530 jours d'audience étalés sur plus de 4 ans, au cours desquels 9 914 pièces à conviction sont admises et des centaines de témoins défilent à la barre.
Le 22 novembre 2017, la Chambre de première instance du TPIY rend son verdict. Ratko Mladić est reconnu coupable de génocide pour le massacre de Srebrenica, ainsi que de 5 chefs de crimes contre l'humanité et de 4 chefs de violations des lois ou coutumes de la guerre, notamment pour le terreur imposée aux habitants durant le siège de Sarajevo et pour la prise d'otages des casques bleus. Il est innocenté d'un second chef de génocide concernant d'autres municipalités de Bosnie. Il est condamné à la peine de réclusion criminelle à perpétuité.
Ses avocats interjettent appel de la décision, retardant la procédure en raison des multiples problèmes cardiovasculaires et neurologiques de l'accusé. Le procès en appel s'ouvre finalement en août 2020 devant le Mécanisme international appelé à exercer les fonctions résiduelles des Tribunaux pénaux (MTPI). Le 8 juin 2021, la Chambre d'appel du MTPI confirme dans son intégralité le verdict initial et la peine d'emprisonnement à perpétuité.
Durant ses dernières années de détention à Schéveningue, l'état de santé du détenu continue de se détériorer. Ses proches et le gouvernement serbe multiplient les recours juridiques pour obtenir son transfèrement vers la Serbie ou sa libération conditionnelle pour motifs médicaux. Le 3 juin 2025, Mladić dépose une ultime requête de libération anticipée pour raisons humanitaires. Cette demande est définitivement rejetée le 29 juillet 2025 par la présidente du MTPI, la juge Graciela Gatti Santana.
Ratko Mladić est mort le jeudi 27 août 2026, à l'âge de 84 ans, d'un AVC, à la prison de La Haye (Pays-Bas).