Biographie
Édouard Balladur, né le 2 mai 1929 à Izmir (Turquie) et mort le 31 août 2026 à Paris, est un haut fonctionnaire et homme d'État français. Édouard Balladur est principalement connu pour avoir été le Premier ministre de la 2e cohabitation sous la présidence de François Mitterrand, entre 1993 et 1995. En tant que ministre de l'Économie de 1986 à 1988, puis à la tête du gouvernement, il est l'architecte des grandes vagues de privatisations d'entreprises publiques françaises. Il a théorisé le fonctionnement institutionnel de la cohabitation et a présidé en 2007 le comité à l'origine de la vaste révision constitutionnelle de 2008. Sa candidature à l'élection présidentielle de 1995, où il a terminé en 3e position, reste célèbre pour avoir brisé son alliance avec Jacques Chirac et profondément divisé la droite. Il s'est également illustré par sa gestion de la prise d'otages du vol Air France en 1994 avec l'assaut du GIGN à Marignane, ainsi que par les suites judiciaires de l'affaire Karachi, dont il a été relaxé en 2021.
Édouard Balladur naît le 2 mai 1929 à Izmir, en Turquie, au sein d'une famille arménienne catholique francophile et négociante, installée depuis plusieurs générations dans l'Empire ottoman. En 1935, sa famille quitte la Turquie pour s'établir à Marseille, où le jeune Édouard effectue ses études secondaires au lycée Thiers. Il poursuit son cursus à la faculté de droit d'Aix-en-Provence avant de monter à Paris pour intégrer l'Institut d'études politiques de Paris, dont il sort diplômé en 1950. Après avoir surmonté une tuberculose qui interrompt temporairement son parcours, il intègre l'École nationale d'administration en 1955, au sein de la promotion Guy Desbos. À sa sortie en 1957, il choisit le Conseil d'État, où il commence sa carrière de haut fonctionnaire comme auditeur puis maître des requêtes.
En 1962, il entre au cabinet de Georges Pompidou, alors Premier ministre du général de Gaulle. Il y traite des dossiers sociaux et économiques et gagne rapidement la confiance du chef du gouvernement. Lors des événements de mai 1968, il joue un rôle discret mais déterminant dans la préparation et la négociation des accords de Grenelle, qui prévoient notamment une hausse significative du salaire minimum. En 1969, après l'élection de Georges Pompidou à la présidence de la République, Édouard Balladur est nommé secrétaire général adjoint de l'Élysée, aux côtés de Michel Jobert. En 1973, il devient secrétaire général de la présidence de la République. À ce poste stratégique, il assure la gestion quotidienne des affaires de l'État pendant la maladie du président Pompidou, jusqu'à la mort de ce dernier en avril 1974.
Après l'élection de Valéry Giscard d'Estaing en 1974, Édouard Balladur quitte l'administration active pour se tourner vers le secteur privé. Il prend la présidence de la Société européenne des Nouvelles Galeries de 1977 à 1986, ainsi que celle de la Compagnie générale de fabrication de verre et d'appareils de laboratoire. Durant cette décennie, il demeure un conseiller de l'ombre influent auprès de Jacques Chirac, qu'il a côtoyé au cabinet de Pompidou. C'est à cette période qu'il théorise le concept institutionnel de "cohabitation", anticipant la possibilité d'une victoire de la droite aux élections législatives sous une présidence de gauche.
En mars 1986, la victoire de la droite aux élections législatives conduit François Mitterrand à nommer Jacques Chirac au poste de Premier ministre. Édouard Balladur est nommé ministre d'État, ministre de l'Économie, des Finances et de la Privatisation. Il devient le numéro 2 du gouvernement et l'architecte de la politique économique libérale menée par la majorité. Il conduit un vaste programme de dérégulation financière et supervise la privatisation de grandes entreprises publiques et banques françaises, dont la Société Générale, Saint-Gobain, Paribas et la Compagnie financière de Suez. Élu député de Paris en 1986, il met également fin au contrôle des prix et engage des réformes budgétaires visant à réduire le déficit de l'État.
Après la défaite de Jacques Chirac à l'élection présidentielle de 1988 et la dissolution de l'Assemblée nationale par François Mitterrand, Édouard Balladur retrouve son siège de député de la 12e circonscription de Paris. Dans l'opposition, il affine sa doctrine politique et publie plusieurs ouvrages de réflexion. Il défend une ligne modérée, libérale sur le plan économique et attachée à la rigueur des comptes publics ainsi qu'à la construction européenne. Il soutient notamment la ratification du traité de Maastricht en 1992, marquant une nuance avec les positions plus souverainistes d'une partie de sa famille politique, le Rassemblement pour la République.
En mars 1993, les élections législatives se soldent par une écrasante victoire de l'alliance RPR-UDF. Jacques Chirac, ayant tiré les leçons de la première cohabitation, préfère se préparer pour l'élection présidentielle de 1995 et pousse Édouard Balladur à l'hôtel de Matignon. Le 29 mars 1993, François Mitterrand le nomme Premier ministre. Édouard Balladur forme un gouvernement resserré qui rassemble des figures des deux principales formations de la droite, dont Nicolas Sarkozy au Budget et à la Communication, Alain Juppé aux Affaires étrangères et François Léotard à la Défense.
À Matignon, il adopte une méthode qu'il qualifie de dialogue et de consensus, tranchant avec le style plus direct de la précédente cohabitation. Il engage une nouvelle vague de privatisations, incluant des entreprises comme la BNP, Elf Aquitaine, l'UAP et Renault. Face à la récession économique de 1993, il lance le grand emprunt d'État, dit "emprunt Balladur", qui récolte 110 milliards de francs auprès des épargnants. Il mène également une réforme des retraites dans le secteur privé, alignant la durée de cotisation requise sur 40 annuités et modifiant le mode de calcul des pensions sur les 25 meilleures années.
Sur le plan diplomatique et de défense, son passage à Matignon est marqué par la conclusion des négociations du GATT en décembre 1993, où la France obtient la reconnaissance de "l'exception culturelle". En 1994, il supervise l'opération Turquoise au Rwanda, menée sous mandat de l'ONU dans un contexte tragique d'escalade génocidaire. La même année, il gère la prise d'otages du vol Air France 8969 à Alger, ordonnant l'assaut du GIGN sur le tarmac de l'aéroport de Marseille-Marignane en décembre 1994, opération qui se solde par la libération des passagers et renforce considérablement sa popularité.
Toutefois, son mandat est également confronté à des tensions sociales et politiques. En 1993, la tentative de modification de la loi Falloux sur le financement des investissements de l'enseignement privé provoque une mobilisation massive de l'opposition et des partisans de l'école laïque, contraignant le gouvernement à reculer après une censure partielle du Conseil constitutionnel. En mars 1994, le contrat d'insertion professionnelle, baptisé "CIP" ou "SMIC jeunes", suscite une vague de manifestations étudiantes et lycéennes de grande ampleur, poussant Édouard Balladur à abroger le texte.
Porté par des sondages très favorables à la fin de l'année 1994 et encouragé par une partie des cadres de la majorité, Édouard Balladur annonce sa candidature à l'élection présidentielle le 18 janvier 1995. Cette démarche brise le pacte implicite avec Jacques Chirac, qui briguait également l'Élysée, et divise profondément la droite parlementaire. Plusieurs figures de premier plan, dont Nicolas Sarkozy, François Léotard, Simone Veil et Charles Pasqua, choisissent de soutenir sa candidature.
La campagne présidentielle de 1995 s'avère difficile pour le Premier ministre sortant. Rapidement rattrapé par des affaires politico-financières, comme l'affaire des écoutes téléphoniques de la commission Marçot, et critiqué pour son image jugée trop rigide et aristocratique, il voit son avance s'éroder dans les sondages. Jacques Chirac mène une campagne offensive axée sur la dénonciation de la "fracture sociale". Le 23 avril 1995, lors du premier tour, Édouard Balladur arrive en 3e position avec 18,58 % des suffrages exprimés, derrière Lionel Jospin (23,30 %) et Jacques Chirac (20,84 %). Éliminé dès le premier tour, il appelle le soir même à voter pour Jacques Chirac, qui est élu président de la République le 7 mai 1995.
Édouard Balladur remet la démission de son gouvernement le 11 mai 1995 et quitte Matignon. Il retrouve son siège de député de la 12e circonscription de Paris lors d'une élection législative partielle en septembre 1995, puis est réélu en 1997 et en 2002. À l'Assemblée nationale, il prend la présidence de la commission des Affaires étrangères de 2002 à 2007. Il s'investit particulièrement dans les questions européennes, les relations transatlantiques et la gouvernance mondiale. En 2007, il choisit de ne pas se représenter aux élections législatives, mettant un terme à sa carrière parlementaire.
En juillet 2007, le président Nicolas Sarkozy lui confie la présidence du Comité de réflexion et de proposition sur la modernisation et le rééquilibrage des institutions de la 5e République. Le rapport remis par le comité débouche sur la loi constitutionnelle du 23 juillet 2008, qui introduit notamment la question prioritaire de constitutionnalité, encadre l'usage de l'article 49 alinéa 3 de la Constitution, limite à 2 le nombre de mandats présidentiels consécutifs et accorde de nouveaux droits aux groupes parlementaires d'opposition.
En 2008, il est également nommé à la tête du Comité pour la réforme des collectivités locales, dont les travaux inspirent plusieurs réformes territoriales ultérieures, notamment autour de la simplification des compétences et de la création des métropoles.
Les dernières années de sa vie publique sont marquées par les développements judiciaires du volet financier de l'affaire Karachi, concernant des soupçons de rétrocommissions illicites sur des contrats d'armement signés avec le Pakistan et l'Arabie saoudite en 1994 pour financer sa campagne présidentielle de 1995. Renvoyé devant la Cour de justice de la République pour complicité d'abus de biens sociaux, Édouard Balladur est jugé en janvier 2021. Le 4 mars 2021, la cour le relaxe de l'ensemble des chefs d'accusation, estimant qu'il n'existait pas de preuve formelle de sa connaissance d'un système de rétrocommissions illicites.
Retiré de toute fonction officielle, il continue de publier des essais historiques et politiques ainsi que des mémoires jusqu'à un âge avancé, commentant régulièrement l'évolution des institutions de la 5e République et les équilibres géopolitiques internationaux.
Édouard Balladur est mort le lundi 31 août 2026, à l'âge de 97 ans, à Paris (France).