Biographie
Gabriel Joseph Marie Anselme de Broglie, dit Gabriel de Broglie, né le 21 avril 1931 à Versailles (Seine-et-Oise) et mort le 8 janvier 2025 à Paris, est un haut fonctionnaire, juriste, historien et essayiste français. Il est célèbre pour avoir dirigé et régulé l'audiovisuel public français pendant près de 20 ans, notamment comme directeur général de Radio France et président de la Commission nationale de la communication et des libertés (CNCL). Historien spécialiste du XIX siècle, il s'est fait connaître par ses biographies de référence sur des figures politiques majeures comme François Guizot et le maréchal de Mac-Mahon. Son œuvre historiographique rigoureuse lui a valu de recevoir le Grand Prix Gobert de l'Académie française en 1990. Il a acquis une influence institutionnelle majeure en étant élu à la fois à l'Académie des sciences morales et politiques et à l'Académie française. Enfin, il est reconnu pour son action de chancelier de l'Institut de France de 2006 à 2017, période durant laquelle il a modernisé la gestion de ce patrimoine culturel national.
Gabriel de Broglie naît le 21 avril 1931 à Paris, au sein d’une des familles les plus illustres de la noblesse française, ancrée dans l’histoire militaire, diplomatique et intellectuelle du pays depuis le dix-huitième siècle. Fils du prince Amédée de Broglie et de la princesse, née Marie-Louisa de Lévizac, le jeune Gabriel grandit dans un environnement où le sens du service de l'État et la rigueur intellectuelle constituent des valeurs cardinales. Son parcours scolaire initial s'effectue dans des institutions parisiennes de premier plan, jetant les bases d'une formation humaniste classique. Après l'obtention de son baccalauréat, il s'oriente naturellement vers des études supérieures d'excellence. Il intègre l'Institut d'études politiques de Paris, dont il sort diplômé, avant de préparer le concours d'entrée à l'École nationale d'administration. Reçu dans cette institution qui forme les hauts cadres de la République, il appartient à la promotion Tocqueville, dont il sort diplômé en 1960.
Dès sa sortie de l'École nationale d'administration en 1960, Gabriel de Broglie choisit d'intégrer le Conseil d'État, l'un des grands corps de l'État, en qualité d'auditeur. Ce choix marque le début d'une longue et prestigieuse carrière juridique et administrative. Au Conseil d’État, il se confronte aux réalités du droit public, à la régulation des institutions et à l'arbitrage des litiges administratifs, développant une expertise technique qui sera l'un des piliers de son action publique future. Parallèlement à ses fonctions au Conseil d'État, son profil de jeune haut fonctionnaire brillant attire l'attention des cabinets ministériels de la Cinquième République naissante. En 1962, il est appelé à servir comme conseiller technique au sein du cabinet d'André Malraux, alors ministre d'État chargé des Affaires culturelles. Cette première expérience ministérielle l'imprègne des enjeux de la politique culturelle et de la gestion du patrimoine national.
Au cours des années 1960, Gabriel de Broglie alterne entre ses obligations juridiques au Conseil d'État, où il progresse au grade de maître des requêtes, et de nouvelles responsabilités politiques. En 1966, il rejoint le cabinet de Maurice Couve de Murville, figure centrale de la diplomatie et de l'économie gaulliste. Il suit ce dernier lors de son passage au ministère des Affaires étrangères, puis au ministère de l'Économie et des Finances, et enfin à l'hôtel de Matignon lorsque Couve de Murville est nommé Premier ministre en 1968. Cette immersion au cœur du pouvoir exécutif lui confère une vision globale de la conduite des affaires de la France et affine son sens de la diplomatie et de l'arbitrage budgétaire. À la fin de cette période intense, en 1969, il collabore également avec Edmond Michelet, alors ministre d’État chargé des Affaires culturelles, prolongeant ainsi son ancrage dans le domaine des arts et des lettres.
Le début des années 1970 marque un tournant majeur dans l'itinéraire de Gabriel de Broglie, qui quitte temporairement les cabinets ministériels pour s'investir directement dans la gestion opérationnelle des grands services publics. En 1971, il est nommé directeur général adjoint de l’Office de radiodiffusion-télévision française, l'ORTF, qui détient alors le monopole de la production et de la diffusion audiovisuelle en France. Dans un contexte de tensions politiques et de mutations technologiques, il participe activement à la modernisation de cet outil de communication de masse. Lorsque l'ORTF est démantelé par la loi de 1974, Gabriel de Broglie est choisi pour prendre la direction générale de Radio France, la nouvelle société nationale de radiodiffusion créée en 1975. Sous sa direction, jusqu'en 1979, Radio France structure son réseau, affirme son indépendance éditoriale et consolide son rôle de pilier culturel, notamment à travers le développement de ses antennes nationales et de ses formations musicales.
En 1979, Gabriel de Broglie quitte la direction opérationnelle de Radio France pour prendre la présidence de l’Institut national de l’audiovisuel, l'INA, fonction qu'il occupe jusqu'en 1981. À la tête de cet organisme, il s'attache à la préservation du patrimoine sonore et visuel national, tout en favorisant la recherche et la formation aux nouveaux métiers de l'image. Les années 1980 s'ouvrent sur l'alternance politique de 1981 et la libéralisation des ondes. Fort de son expérience unique dans les médias publics, Gabriel de Broglie devient une figure incontournable de la régulation audiovisuelle naissante. En 1982, il est nommé membre de la Haute Autorité de la communication audiovisuelle, la première instance indépendante chargée de garantir la liberté de communication et de nommer les dirigeants des chaînes publiques. Il y siège jusqu'en 1986, traversant la période tumultueuse de la naissance des premières télévisions privées en France.
L'année 1986 marque une nouvelle étape dans sa carrière de régulateur. À la suite d'un changement de majorité parlementaire, la Haute Autorité est dissoute et remplacée par la Commission nationale de la communication et des libertés, la CNCL. Gabriel de Broglie est élu président de cette nouvelle institution par ses pairs. De 1986 à 1989, il assume la lourde tâche de piloter la privatisation de la première chaîne de télévision française, TF1, et d'attribuer les nouvelles fréquences de télévision et de radio privées. Ce mandat s'avère particulièrement exposé aux critiques politiques et médiatiques, dans un paysage audiovisuel en pleine ébullition. Malgré les tempêtes, il maintient un cap de rigueur juridique issu de sa formation au Conseil d'État, institution qu'il réintègre pleinement à la fin de son mandat en 1989 avec le titre de conseiller d'État.
Parallèlement à cette intense carrière administrative et médiatique, Gabriel de Broglie développe dès les années 1970 une œuvre d'historien de premier plan, se consacrant principalement à l'étude du dix-neuvième siècle français, de ses institutions et de ses courants politiques. En 1972, il publie son premier ouvrage d'envergure, une biographie du général de Valence. Ce travail initial est suivi en 1977 par une étude remarquée sur la diplomatie du dix-neuvième siècle, puis en 1979 par une biographie majeure de l'impératrice Eugénie. Au cours des années 1980, malgré ses charges de président de la CNCL, il poursuit ses recherches historiques et publie en 1981 une biographie de son ancêtre, le duc de Broglie, suivie en 1987 d'un ouvrage de référence sur l'orléanisme, ce courant politique libéral dont il analyse les fondements et l'influence durable sur les institutions françaises. Sa méthode historique, caractérisée par l'exploitation minutieuse des archives et un style d'une grande clarté classique, lui vaut la reconnaissance de ses pairs et plusieurs distinctions littéraires.
Le début des années 1990 consacre sa stature d'intellectuel et d'expert des questions linguistiques et culturelles. En 1990, il publie une biographie monumentale de François Guizot, l'homme d'État et historien du règne de Louis-Philippe, un ouvrage qui reçoit le Grand Prix Gobert de l'Académie française, l'une des plus hautes distinctions en matière d'histoire. En 1995, il consacre une biographie au maréchal de Mac-Mahon, analysant les débuts de la Troisième République. Reconnu pour sa maîtrise de la langue et son attachement aux institutions culturelles, il est nommé en 1996 président de la Commission générale de terminologie et de néologie. Pendant une décennie, jusqu'en 2006, il dirige cette instance chargée de favoriser l'enrichissement de la langue française et de proposer des termes nouveaux pour remplacer les anglicismes dans les textes officiels, menant ce combat pour la francophonie avec une grande constance.
L'année 1997 marque son entrée sous la coupole de l'Institut de France. Gabriel de Broglie est élu membre de l'Académie des sciences morales et politiques le 24 mars 1997, au fauteuil laissé vacant par l'historien Jean-Baptiste Duroselle. Au sein de cette compagnie, il participe activement aux travaux de la section générale, apportant ses compétences de juriste, de haut fonctionnaire et d'historien de l'État. En 2001, il publie un essai remarqué intitulé Le xixe siècle ou les grâces de l'histoire, dans lequel il synthétise sa vision d'un siècle qu'il considère comme le laboratoire de la modernité politique française. Cette consécration intellectuelle se double rapidement d'une reconnaissance par l'Académie française. Le 22 mars 2001, Gabriel de Broglie est élu au fauteuil numéro onze de l'Académie française, succédant à Alain Peyrefitte. Il est reçu sous la coupole le 7 février 2002 par Maurice Druon, intégrant ainsi le cercle des "Immortels" et renforçant la présence traditionnelle de sa famille au sein de cette institution, plusieurs de ses ancêtres y ayant siégé avant lui.
Devenu une figure centrale de l'Institut de France, Gabriel de Broglie en est élu chancelier en décembre 2005, entrant en fonctions au premier janvier 2006. Succédant à Pierre Messmer, il prend la direction administrative et financière de cette institution bicentenaire qui regroupe les cinq Académies et gère un immense patrimoine de fondations, de musées et de châteaux, dont le domaine de Chantilly et le musée Jacquemart-André. Durant son long mandat de chancelier, qui s'étend sur onze années, il modernise la gestion des actifs de l'Institut, supervise d'importants chantiers de restauration patrimoniale et veille au rayonnement scientifique et culturel des différentes académies. En 2011, il publie une biographie de Madame de Genlis, poursuivant son exploration des figures intellectuelles et politiques de la transition entre l'Ancien Régime et le dix-neuvième siècle. En reconnaissance de sa carrière au service de l'État et de la culture, il est élevé à la dignité de grand-croix de la Légion d'honneur en 2014.
Après avoir exercé la fonction de chancelier de l'Institut de France jusqu'au 31 décembre 2017, Gabriel de Broglie choisit de ne pas solliciter de nouveau mandat, devenant chancelier honoraire. À quatre-vingt-six ans, il se retire des affaires administratives directes mais continue de siéger assidûment aux séances de l'Académie française et de l'Académie des sciences morales et politiques. Il participe notamment aux travaux du dictionnaire et reste un observateur attentif de la vie culturelle et intellectuelle française. Au cours des années suivantes, il partage son temps entre Paris et ses attaches familiales en Normandie, conservant une grande rigueur intellectuelle malgré l'avancement en âge.
Gabriel de Broglie est mort le samedi 8 janvier 2025 à Paris, à l'âge de 95 ans, dans le 15e arrondissement de Paris (France).